BuddhaLine Recherche Plan du site Partenaires Forum Annuaire Newsletter Buddhaline

Matthieu Ricard
Tibet, reconstruire, préserver, partager... - Matthieu Ricard
Etre disciple, rencontre avec Matthieu Ricard - Matthieu Ricard
La “vigilance” du tireur d’élite - Matthieu Ricard
Les notions d’amour et de compassion dans le bouddhisme - Matthieu Ricard
Pourquoi je photographie ? - Matthieu Ricard
Le Pardon - Matthieu Ricard
L’empathie et la pratique intensive de la compassion - Matthieu Ricard
Sofia Stril-Rever
On n’en finit pas de devenir humain, ou les leçons de vie du Dalaï-lama - Sofia Stril-Rever
Dilgo Khyentsé Rinpotché, une montagne immuable - Sofia Stril-Rever
Le Chemin vers l’Eveil - Sofia Stril-Rever
La compassion, une énergie de guérison - Sofia Stril-Rever
"L’autobiographie spirituelle" du Dalaï-lama recueillie par Sofia Stril-Rever ou le bilan de 50 ans d’exil - Sofia Stril-Rever
Je n’aurai de cesse de dénoncer la détention du plus jeune prisonnier politique du monde... - Sofia Stril-Rever
La transmission du Tantra de Kalachakra - Sofia Stril-Rever
Même rubrique

Que pouvons-nous apprendre du Covid ? - Frédéric la Combe (L. Lhündroup)
A la rencontre du bouddhisme occidental - Stephen Batchelor
Souvenirs d’Ajahn Chah - Jack Kornfield
Entretien avec maître Thich Nhât Hanh - Vincent Bardet
Le moment le plus heureux de votre vie - Matthieu Ricard
Lama Osel interviewé au Monastère de Séra -
The happy monk - Ajahn Amaro
Autres textes
Shushogi - Les bonnes raisons de la pratique et de la réalisation - Maître Dogen
Pratique de la conscience éveillée - Jon Kabat-Zinn
L’effort sans effort - Martine Batchelor
La Renaissance - Vénérable Thich Huyen-Vi
Nirvana - Ajahn Thanissaro
Hosso - Dharma - La réalité de tous les phénomènes - Maître Dogen
Ni corps ni esprit : voilàla Voie suprême - Houang-po
Sofia Stril-Rever

Aller àLhassa, oui, mais certainement pas en otage de la Chine par Sofia Stril-Rever
Aniruddha, vingt-deuxième et actuel roi-kalkin de Shambhala par Sofia Stril-Rever
Ce que j’ai appris en recueillant l’Autobiographie spirituelle du Dalaï-lama par Sofia Stril-Rever
Danses tibétaines interdites àKatmandou par les Chinois par Sofia Stril-Rever
De coeur àcoeur avec Jetsun Pema par Sofia Stril-Rever
De coeur àcoeur avec soeur Emmanuelle par Sofia Stril-Rever
Francisco Varela, passeur entre science et Dharma par Sofia Stril-Rever

Bookmark and Share
- imprimer

> Bouddhisme > Entretiens


Entretien avec Nicole Lattès, éditeur de Matthieu Ricard

Nicole Lattès explique pourquoi elle a édité les deux livres* les plus lus de Matthieu Ricard et les motivations d’une quête intérieure qui l’a conduite au Népal, au monastère de Shechen, le monastère de Matthieu Ricard.

Par Sofia Stril-Rever

Sofia Stril-Rever : Nicole Lattès, vous avez édité les deux livres les plus lus de Matthieu Ricard, Le Moine et le philosophe, puis L’infini dans la paume de la main. En 1997, quand vous avez publié Le Moine et le philosophe, Matthieu n’était pas aussi connu qu’il l’est aujourd’hui. Qu’est-ce qui a motivé votre décision éditoriale àl’époque ?

Nicole Lattès : {{}}Je n’avais pas rencontré Matthieu avant le projet du premier livre de lui que j’ai édité, Le Moine et le philosophe. A vrai dire, je ne connaissais même pas son existence. En revanche, j’étais très liée àJean-François Revel, son père, dont les éditions NIL ont publié une Histoire de la philosophie. Je savais bien sà»r que Jean-François Revel avait plusieurs enfants mais j’ignorais que l’un d’eux était moine bouddhiste. C’est en lisant un reportage dans Le Figaro Magazine que je l’ai découvert.

Je me rappelle ma surprise de voir côte àcôte deux personnalités très proches ayant un lien de sang, un lien de père et de fils, très proches donc et cependant fondamentalement différentes. Jean-François Revel est un philosophe cartésien, un écrivain, un journaliste profondément marqué par la pensée de son époque ; Matthieu est spirituel, il a fait le choix de suivre des maîtres tibétains, de devenir moine bouddhiste.

S. S-R : C’est le contraste entre le père et le fils, entre leur choix de vie qui, initialement, vous a donné l’idée de les engager àse rencontrer dans un livre dialogué ?

Nicole Lattès : D’autres éditeurs ont eu également cette idée. Il y avait en effet un potentiel très riche dans ce face àface qui permettait d’amorcer et de développer un questionnement sur l’introduction du bouddhisme et de ses valeurs en Occident. J’ai donc téléphoné àJean-François Revel qui, àma proposition, a répondu : « Pourquoi pas ?  » Comme Matthieu devait venir en France deux mois plus tard, nous avons décidé que s’il en était d’accord, nous définirions avec lui un vrai projet éditorial.

S.S-R : Comment s’est passé la rencontre avec Matthieu qui était pour vous une première rencontre ?

Nicole Lattès : Dans toute rencontre que la vie nous donne, que ce soit avec un auteur ou avec des êtres qui deviendront ou non des amis, il y a l’imprévu de quelque chose qui se passe ou ne se passe pas. La rencontre avec Matthieu a été une vraie rencontre qui a conduit àun échange profond, authentique. Et très vite nous nous sommes mis au travail.

S.S-R : Matthieu a adhéré volontiers àl’idée de ce dialogue ?

Nicole Lattès : Je crois que le succès de ce livre tient au fait qu’il y a eu une vraie rencontre entre le père et le fils et que l’un et l’autre ont été profondément heureux de se parler ainsi au fil des pages. Il s’agit d’un échange vivant et riche, sans temps mort, qui s’est fait dans la facilité et une certaine forme de joie. Joie d’être ensemble, joie de rebondir sur les réponses qui ont amené d’autres questions, et plaisir intellectuel de s’opposer et de débattre.

S.S-R : Il n’y a pas eu d’intermédiaire, de tierce personne ? Matthieu et son père ont entièrement construit ce livre eux-mêmes ?

Nicole Lattès : Ce livre est leur livre, un face àface direct, sans questions ou réponses arrangées. Même s’il y a eu un vrai travail d’écriture àpartir des enregistrements, c’est la dimension de la rencontre du père et de son fils qui donne du sens au Moine et au philosophe. Et ce qui est intéressant est le rapprochement que crée l’écriture de ce livre entre deux personnalités que leur choix de vie a éloignées.

S.S-R : Matthieu n’incarne-t-il pas le dialogue, un dialogue qui s’effectue àtravers lui entre l’Occident et la tradition spirituelle tibétaine ?

Nicole Lattès : Certainement. D’où l’impact sur le public de livres tels que Le Moine et le philosophe ou du livre écrit avec l’astrophysicien, Trinh Xuan Thuan, L’Infini dans la paume de la main. Matthieu sait s’exprimer avec une simplicité remarquable et une grande intelligence sur des sujets qui nous concernent tous. Il a un fond de culture occidentale, y compris de culture scientifique avancée. Et en plus, il a fait le choix de la voie bouddhiste. Il a passé sept ans sans revenir du tout en France, il a étudié plusieurs années avant de prendre un engagement complet dans la vie spirituelle.

S.S-R : Y aura-t-il d’autres dialogues sur ce modèle qui a fait ses preuves ? Matthieu disait en riant qu’il pensait àun livre qui pourrait s’intituler Le Moine et le marin pêcheur ou àun Matthieu et Matthieu, le deuxième Matthieu étant un frère d’une abbaye bénédictine ?

Nicole Lattès : Oui, on s’était amusé àimaginer une série de titres de dialogues, dont ceux que vous citez. Mais ce serait artificiel de vouloir faire une série àpartir d’un modèle tout fait, fonctionnant pour ainsi dire mécaniquement. Je ne pense pas que ça corresponde du tout àla personnalité profondément authentique de Matthieu, et je ne suis jamais pour les clones des succès.

Matthieu est de plein pied avec la réalité, avec la vie et cela dans une vraie spontanéité. Il n’est pas coupé du monde. Rien de ce qu’il dit n’est abracadabrant, ni étrange ou étranger. Il n’est pas décalé par rapport aux modes d’expression culturels contemporains. Il connaît la musique, est informé des découvertes scientifiques et technologiques. Il est en relation avec le monde, mais dans une dimension spirituelle. C’est ce qui fascine dans sa personnalité. On ne peut qu’être réceptif àson message et désirer le suivre dans sa quête, dans son voyage intérieur qui donnent du sens ànotre propre recherche de sens.

S.S-R : Vous avez suivi Matthieu. Je crois que vous êtes allée deux fois le retrouver au Népal ?

Nicole Lattès : C’est juste. J’ai de l’amitié et de l’estime pour Matthieu. J’ai aussi confiance en lui. J’ai eu envie de le rencontrer dans son monastère de Shechen. J’y ai vu des gens remarquables, étonnants, les enseignants, le cuisinier, les petits moines et d’autres. Je voulais voir vivre un monastère de l’intérieur. Je suis remplie d’admiration pour tout ce qu’ont fait Rabjam Rinpoche comme Matthieu Ricard. Lors de mon deuxième voyage au Népal, je suis partie une semaine àpied, dans les montagnes avec Matthieu, en compagnie d’une jeune femme avocate àBruxelles et d’un médecin français de Katmandou. Nous nous sommes rendus dans un petit monastère où vit un grand lama, Trulshik Rinpoche, àMaratika, un lieu saint du Népal. A travers le partage qu’a représenté cette marche, j’ai appris àapprécier Matthieu encore plus et sa manière d’être est en soi un enseignement.

S.S-R : Vous connaissiez Matthieu et le bouddhisme àtravers des lectures. Vous avez découvert la dimension de réalité concrète dans laquelle ils sont enracinés ?

Nicole Lattès : C’est vrai. J’avais fait quelques lectures et celle qui m’a le plus marquée est probablement Le Livre tibétain de la vie et de la mort de Sogyal Rinpoche. Je l’avais lu trois ans avant ma rencontre avec Matthieu. Ce livre m’a fait réfléchir, je n’oserais pas dire qu’il m’a inspirée ! Mais mon approche est restée décalée, superficielle. On se fait àtort l’idée que le bouddhisme pourrait être facile. Il faut beaucoup de temps pour en comprendre et en assimiler les notions. J’ai réalisé cela àtravers la rencontre avec Matthieu qui m’a beaucoup enrichie humainement. Je pense que trop souvent dans la présentation qui en est faite, on réduit malheureusement le bouddhisme àun gadget. Ce n’est pas cela et tous les enseignants le disent : quelle que soit la spiritualité que nous avons choisie, elle doit nous permettre de réfléchir, de vivre une relation différente àautrui, d’être un peu meilleur, plus indulgent, plus compréhensif. Être plus proche de Matthieu, dans l’environnement de son monastère, m’a permis de comprendre tout cela.

S.S-R : Pour conclure, comment définiriez-vous en quelques mots ce que vous avez appris au contact de Matthieu et des moines de Shechen, son monastère ?

Nicole Lattès : De voir vivre Matthieu et les moines de Shechen représente un approfondissement àtravers des choses très simples, un enseignement très concret au quotidien. Je me suis enrichie principalement de ressentir leur joie.

· Le Moine et le philosophe, dialogue de Jean-François Revel et de Matthieu Ricard, Paris, 1997, ed. NIL

· L’Infini dans la paume de la main, dialogue de Matthieu Ricard et de Trinh Xuan Thuan, Paris, 2000, ed. NIL

Novembre 2000




http://www.buddhaline.net





Buddhaline

E-mail: Partenaires: O.Vision | Yoga Vision | Karuna | Matthieu Ricard