Le Chemin vers l’Eveil
Le compte-rendu des enseignements donns par Sa Saintet le Dala-Lama, dans le sud de la France, l’invitation de Sogyal Rinpoche, directeur spirituel des centres Rigpa.
par
Sofia Stril-Rever
1. ENSEIGNEMENTS DU MERCREDI 20 SEPTEMBRE 2000 2. ENSEIGNEMENTS DU JEUDI 21 SEPTEMBRE 2000 3. ENSEIGNEMENTS DU VENDREDI 22 SEPTEMBRE 2000 4. ENSEIGNEMENTS DU SAMEDI 23 ET DIMANCHE 24 SEPTEMBRE 1. ENSEIGNEMENTS DU MERCREDI 20 SEPTEMBRE 2000 Cette journe constitue une introduction l’analyse de l’esprit et l’enseignement du Bouddha, qui ne nie pas que les choses apparaissent, tout en posant l’union des apparences et de la vacuit. Au-dessus de la boue, la fleur de lotus immacule Une tornade s’tait abattue la veille sur Montpellier et le plateau du Larzac tait balay par des bourrasques de vent. La mto avait prvenu, en cette veille de l’quinoxe d’automne, il pleuvrait en un jour autant qu’en un mois. Or ce jour-l commenaient les enseignements de Sa Saintet le Dala-Lama, Lrab Gar, dsignation tibtaine d’un terrain d’une dizaine d’hectares, se trouvant entre les villages des Rives, 130 habitants, et de Saint-Flix, 150 habitants. Les drapeaux de prire tibtains, aux couleurs des lments, jaune pour la terre, blanc pour l’eau, rouge pour le feu et bleu pour l’air, claquaient au vent, prs du portail d’entre, de couleur rouge, dcor des signes de bonne fortune et de la formule tibtaine de bienvenue, Tashi Delek, « Bons souhaits », calligraphie l’encre dore. Au loin se dressaient des tentes blanches, la plus grande mesurant 120 mtres de long sur 50 de large. Environ 8 000 personnes taient au rendez-vous, neuf heures du matin, ce mercredi 20 septembre, sous une pluie battante, entrecoupe de rares claircies. La terre, autour des tentes, s’tait transforme en une mare boueuse dans laquelle on avanait en glissant. Pour ceux qui ne portaient pas de bottes en caoutchouc (la plupart, car la tempte s’tait abattue sans prvenir) la boue transperait les chaussures ou passait par-dessus, claboussant les jambes. Les organisateurs avaient travaill toute la nuit ; six cents bnvoles s’taient dpenss sans compter pour accueillir tant bien que mal les milliers de personnes attendues. Mais la rudesse du temps ne leur permit pas de venir bout de leur tche pour la premire session des enseignements, prvue 9h30. Des haut-parleurs prirent tout le monde de se rassembler sous les tentes de la restauration ou des associations. Une deuxime annonce prvint que tout commencerait onze heures. Dans la boue, des files d’attente se formrent pour pntrer dans l’immense tente blanche des enseignements. Retards, les enseignements avaient cependant commenc par un enseignement sous forme de symbole, que nous donnrent l’eau du ciel et la terre. La boue, omniprsente de ce premier matin, n’est pas sans signification aux yeux d’un bouddhiste. Elle symbolise le samsara, le cycle des existences auxquelles nous enchanent les motions ngatives dont nous sommes prisonniers. « Le Chemin vers l’Eveil » est ce long travail de transformation de l’esprit qui permet d’liminer en nous les poisons mentaux du dsir, de l’ignorance et de la haine. Justement, nous tions venus pour apprendre nous lever au-dessus de la boue intrieure des conflits et des penses qui perturbent notre paix intrieure. Et la boue collante, gluante, tait tout autour de nous. Au-dessus de la boue s’lve la fleur de lotus dont la corolle est immacule. Avec le Dala-Lama, « Seigneur du Lotus blanc », saurions-nous apprendre nous lever au-dessus de la boue samsarique ? Autour du « trne du Lion », des matres de toutes les coles du bouddhisme tibtain A l’intrieur de la tente principale des enseignements de 150 mtres de longueur, sur 50 mtres de large, les vingt-cinq moines du monastre de Namgyal, monastre priv du Dala-Lama, et leur abb Jhado Tulku Rinpoche, s’assirent sur l’estrade de part et d’autre du trne de Sa Saintet. A droite du trne principal, avait t amnag galement un trne pour Kyabje Trulshik Rinpoche, grand matre spirituel nyingmapa qui donna des enseignements de la ligne nyingma au Dala-Lama et qui Dilgo Khyents Rinpoche confia la recherche de sa nouvelle incarnation. De nombreux matres taient prsents : Pema Wangyal Rinpoche, Jigme Khyentse Rinpoche ou Rangdrol Rinpoche pour les Nyingmapa, Dagpo Rinpoche, Gomang Kensour Rinpoche, Geshe Lobsang Tengye et Khyongla Rato Rinpoche pour les Gelugpa, lama Dakpa pour les Sakyapa, lama Gyurme et lama Karta pour les Kagyupa ainsi que Kuten la, l’oracle d’tat du monastre de Nechung, qui accompagna Sa Saintet dans ce dplacement en France. Des clbrits comme Richard Gere, Yannick Noah ou Vronique Jeannot participaient l’vnement. La tempte qui svissait l’extrieur n’tait plus perceptible l’intrieur de la tente que sous forme du claquement des bches, au rythme des bourrasques de vent. Huit mille personnes avaient pris place dans le calme et c’est avec un vrai recueillement, des larmes aux yeux pour certains, que le Dala-Lama fut accueilli, au son des trompes, des hautbois et des cymbales tibtains. Il s’assit sur « le trne du Lion », sous un dais de brocart, surmont d’immenses thangkas de soie reprsentant le Bouddha Shakyamuni tenant le bol d’ambroisie dans sa main gauche et prenant la terre tmoin de sa main droite. A ct du Bouddha Shakyamuni, une autre thangka reprsentait Guru Padmasambhava, le matre indien ralis qui introduisit le bouddhisme au Tibet, au huitime sicle, la requte du roi tibtain Songtsen Gampo. En la prsence de Sa Saintet, l’estrade tait lumineuse et chaleureuse, aux couleurs pourpre et or des robes monastiques, borde de glaeuls blancs et de roses jaunes tandis que les moines et Sa Saintet entonnaient les prires de louanges aux Bouddhas. « Je suis un simple moine bouddhiste qui met en pratique, de son mieux, les enseignements du Bouddha … » D’emble le Dala-Lama prvient le public. Il ne faut pas attendre de lui des choses extraordinaires, comme des bndictions toutes-puissantes qui transformeront miraculeusement et instantanment notre vie. Nous aurions tort d’entretenir de telles penses qui ne correspondent pas la ralit. Le Dala-Lama tient prciser qui il est. Simple moine bouddhiste et pratiquant, depuis l’ge de dix ans, il s’efforce de vivre en conformit avec les enseignements du Bouddha. Lorsqu’il s’est prostern devant le trne, le Dala-Lama ne l’a pas fait par vnration de sa propre personne, mais pour signaler son profond respect des enseignements du Bouddha. Simple moine, il est l’interprte de ce matre sublime devant lequel il s’incline avec humilit. Et Sa Saintet d’ajouter que certains, sous cette tente, ont peut-tre accompli une grande volution et que leurs bndictions seraient plus puissantes que les siennes. Il ne s’agit pas l d’artifice de pure rhtorique, mais de l’expression d’une humilit profonde et sincre, dans la mise en pratique de l’enseignement du Bouddha qui nous enjoint considrer autrui comme meilleur que nous-mmes. Les propos du Dala-Lama provoquent une vague de rires dans l’assistance. Marque de sympathie et d’estime pour ce trs grand matre qui, avec l’authentique modestie des grands pratiquants fait clater les vellits de superstition qu’on pourrait former autour de sa personne. Cette superstition n’est pas ncessaire. Si on cherche le Dala-Lama dans une image toute faite de pouvoirs hors du commun, quasi miraculeux, on ne le rencontrera pas. On le trouvera en revanche si l’on sait tre humain, en toute simplicit, cette simplicit tant parfois bien difficile accepter et mettre en pratique. Mais le Bouddha, rappelle Sa Saintet, n’avait-il pas l’apparence d’un moine ordinaire, qui se dplaait pied, tenant son bol de mendiant la main. Et aprs lui, bien des grands pratiquants, ont eu cette apparence qu’on risque de trouver mprisable, si l’on s’en tient aux apparences. Le Bouddha et nous avons en commun un mme potentiel soit de bont et de srnit, soit de destruction du bonheur d’autrui et de notre paix intrieure. Tous nous voulons viter la souffrance et prouver le bonheur. Nous avons cette connaissance exprimentale, intime, du bonheur et de la souffrance qui est celle de l’ensemble des tres sensibles. Partager avec nous une exprience fonde sur l’enseignement et la pratique du bouddhisme, telle est l’intention du Dala-Lama pendant ces cinq journes. Mais sans dsir de proslytisme, sans souci de propager le bouddhisme ou de « convertir », de faire de nouveaux adeptes. « Devenir de meilleurs tres humains » Convaincue de l’utilit et des bienfaits du partage de l’exprience spirituelle, Sa Saintet observe que les grandes traditions spirituelles trs vivantes dans les cinq continents refltent les dispositions diffrentes des peuples du monde. Ces traditions ont en commun de dfinir les bases et les principes thiques qui nous permettront de devenir de meilleurs tres humains, de dvelopper des qualits humaines telles que l’amour, la patience ou la tolrance, en combattant nos dsirs excessifs. Il est d’ailleurs prfrable de nous en tenir la tradition spirituelle de la culture dont nous sommes issus. C’est un chemin beaucoup plus sr. Le Dala-Lama va mme jusqu’ confier son inquitude enseigner sur le bouddhisme dans un pays tel que la France, de tradition chrtienne et majoritairement catholique. Il insiste sur le fait qu’il est toujours plus satisfaisant d’approfondir et de conserver la religion de ses anctres. Il n’est pas ncessaire de devenir bouddhiste quand on est occidental et la prsence de Sa Saintet en France ne devrait pas tre interprte comme un encouragement adopter le bouddhisme tibtain. Si l’on examine les grandes religions du monde, on leur reconnat deux aspects que sont d’une part les vues philosophiques et mtaphysiques qu’elles ont dveloppes, d’autre part la pratique spirituelle au quotidien qu’elles prescrivent. Or si les vues philosophiques diffrent et parfois se contredisent, dans la pratique spirituelle, toutes les religions se rejoignent. Elles recommandent la transformation intrieure du flux de notre conscience qui fera de nous de meilleures personnes, plus dvoues aux autres. Il ne convient pas de crer une hirarchie des traditions spirituelles. Il faut comprendre que les enseignements sont adapts aux dispositions diverses des tres. On remarque d’ailleurs au sein du bouddhisme une diversit des enseignements du Bouddha qui enseigna une doctrine dite « 84 000 portes », destine aider chacun pour une vritable transformation personnelle. A nous de reconnatre et d’admettre la ncessit de vues philosophiques diffrentes, en comprenant que chaque tradition spirituelle est bonne car elle permet d’aider des millions de personnes progresser, moins souffrir, s’amliorer. Pour chacun il y a une seule voie et une seule vrit qu’il doit approfondir mais, dans le rapport aux autres traditions, il faut accepter la vrit qu’elles contiennent. Mme si cette vrit va l’encontre de nos convictions, elle a sa raison d’tre dans l’aide qu’elle apporte aux autres. Ayons donc d’une part nos propres convictions, mais d’autre part gardons l’esprit ouvert et tolrant envers ceux qui ne les partagent pas. Et le Dala-Lama d’affirmer la sincrit de son respect pour les grandes religions non-bouddhistes qui apportent de grands bienfaits l’humanit. Dans les enseignements qui vont suivre, certes, Sa Saintet exposera des vues philosophiques diffrentes des chrtiens, notamment propos de la cration de l’homme et du monde, mais sans intention polmique et sans parti pris de rfutation. D’ailleurs, avant d’tre une vision philosophique du monde, le bouddhisme reprsente un chemin de transformation de l’esprit, visant se dlivrer de la souffrance et de ses causes. Transformer l’esprit Transformer l’esprit implique le connatre, identifier son fonctionnement pour liminer les trois poisons mentaux principaux, ignorance, dsir et haine. Il convient donc d’analyser le flux de notre conscience et ses variations. De mme, pour se dlivrer de la souffrance, il faut comprendre ce qui se passe avant la souffrance. Car rien n’apparat hors de causes et de conditions. Il nous appartient de reconnatre les causes qui font augmenter la souffrance et celles qui la rduisent. Or cela fait partie de l’analyse de l’esprit, pralable indispensable la pratique spirituelle. L’esprit est soumis aux pressions des circonstances, il fluctue avec elle. Il ragit l’impact des sensations. Le progrs matriel et le dveloppement du niveau de vie amliorent le confort et la sant, mais sans correspondre une transformation vritable de l’esprit qui, seule, procure une paix durable. Le bonheur profond, la diffrence de la satisfaction d’ordre passager, est de nature spirituelle. Il est dpendant du bonheur d’autrui et bas sur l’amour et la tendresse. On aurait tort de penser qu’tre heureux revient accaparer ce qu’il y a de meilleur, souvent au dtriment d’autrui. Le manque d’altruisme cre les troubles et les dsordres familiaux, il procure la solitude lorsque le souci du bonheur d’autrui est insuffisant. Prenons garde ne pas tre excessivement tourns vers l’extrieur, la saisie et la possession des biens matriels renforceront notre gocentrisme. La clef du bonheur repose en fait dans la force de l’esprit, la srnit intrieure et une qualit telle que la constance. On s’en approche en dveloppant la tendresse et l’amour qui correspondent la nature profonde de chaque tre humain. La relation mre-enfant est sans doute le meilleur exemple de l’amour non ordinaire qui consiste aimer autrui plus que soi-mme. Le premier mot que chacun d’entre nous a prononc est « Maman », et, dans toutes les langues ou presque, ce mot contient la syllabe « Ma ». A propos de langage, un autre mot monosyllabique (exception faite du japonais) dsigne le moi et indique cet attachement extrme que nous avons notre personne. Un attachement que nous devons combattre car un bon tre humain est capable de dvelopper des qualits altruistes. Au-del des apparences, la vraie nature des choses Cultiver les qualits humaines est indpendant du fait que nous ayons une religion ou pas. Mais en rgle gnrale, la religion permet de dvelopper plus encore et plus habilement ces qualits. Le bouddhisme propose une mthode qui nous rendra meilleurs en refltant la vritable nature des choses, sans nous laisser duper par les apparences. Dans la perception que nous en avons, les choses telles qu’elles nous apparaissent n’ont en fait pas de ralit ultime. Prenons l’exemple d’une montagne. Elle semble tre la mme aujourd’hui, comme hier. Elle s’est forme il y a des milliers d’annes et reprsente une continuit dans le monde des phnomnes. S’il y a une stabilit relative dans les apparences grossires, pourtant chaque particule de la montagne, chaque instant, se transforme. Le changement, au plan infinitsimal, s’accompagne pour notre esprit d’une apparence de continuit. Or la continuit ainsi perue est une illusion. Car rien n’est identique soi-mme, il n’y a pas deux instants conscutifs qui soient les mmes. Aprs l’exemple de la montagne, celui de la fleur dont la fragilit et le caractre phmre sont vidents. La fleur close qui fut d’abord graine, puis bourgeon, indique l’impermanence subtile de chaque instant qui est sa vritable nature. Elle est voue la destruction, une fin rapide. Que ce soit la montagne ou la fleur, il faut nous habituer comprendre qu’ l’instant o un phnomne apparat, il porte en lui la cause de sa propre destruction. L’impermanence des phnomnes dpend de causes et de conditions qui leur sont extrieures. Dans le bouddhisme, on appelle cela « l’interdpendance ». Dire que toutes choses sont interdpendantes signifie qu’elles n’ont pas d’existence inhrente. Le potentiel mme de transformation, l’œuvre dans les phnomnes signale leur nature interdpendante, la rciprocit fondamentale de la vie. Existe-t-il une entit « fleur », existant en soi ? La rponse est non, la fleur est seulement une collection de caractristiques, forme, couleur, parfum, mais il n’existe pas de fleur indpendamment de ses apparences. Le Bouddha ne nie pas que les choses apparaissent, mais il pose l’union des apparences et de la vacuit. Qu’est-ce que le pass ? Le pass n’est pas une ralit, c’est seulement un concept. Le futur correspond des projections, des anticipations que nous formons, mais qui n’ont pas de ralit. Le pass est dj arriv, le futur pas encore arriv. Ces notions nous affectent comme des ralits et pourtant, elles n’ont rien de substantiel. Le prsent est la vrit que nous vivons ici et maintenant, mais cette ralit est insaisissable car elle ne dure pas. Nous nous trouvons dans une situation paradoxale o le prsent constitue une frontire, une limite entre une pass et un futur sans ralit concrte. Le prsent est insaisissable entre ce qui n’est plus et ce qui n’est pas encore. Ces notions que nous prenons pour « la ralit » sont de pures fabrications intellectuelles, des concepts de pass, prsent ou futur, qui ne recouvrent pas des ralits indpendantes, existantes en elles-mmes et par elles-mmes. Selon le Bouddha, les phnomnes perus n’existent que du point de vue de leur dsignation, des noms et des concepts que nous leur attachons. Le fonctionnement des choses ne rvle pas une entit palpable qui leur serait propre. On peut le comparer un mirage. Plus on s’approche, plus il s’loigne jusqu’ disparatre. De mme, devant l’esprit qui les analyse, les phnomnes s’vanouissent. Il convient donc de distinguer deux vrits : vrit relative qui concerne l’apparence des phnomnes, leur apparition et disparition ; et vrit ultime qui reprsente le fait que les phnomnes sont dnus de ralit propre. En analysant ce que sont les choses et comment elles apparaissent, on comprend l’erreur qui consiste tablir une identit entre les phnomnes et leur apparence. Lorsqu’on dit que les phnomnes sont vides d’existence intrinsque, on ne signifie pas qu’ils n’existent pas, mais qu’il sont interdpendants, sans ralit concrte. Et la vacuit des phnomnes n’est pas une construction mentale ou un concept mais bien la ralit mme du monde phnomnal. Le Bouddha a dcouvert la nature vritable des choses, mais ce qu’il a dcouvert n’est pas le rsultat de l’activit du Bouddha. Le Bouddha ne nie pas que les choses apparaissent, mais il pose l’union des apparences et de la vacuit. Ainsi la fleur existe, elle a une forme et des caractristiques qui s’inscrivent dans notre esprit. Mais sa nature est dnue d’existence intrinsque. 2. ENSEIGNEMENTS DU JEUDI 21 SEPTEMBRE 2000 Comprendre la nature ultime de la conscience, sans commencement ni fin, dont le continuum est indpendant du support physique du corps grossier, est la base qui permettra d’actualiser en nous la puret primordiale de l’esprit. Reprise de la conclusion des enseignements de la journe prcdente Le Dala-Lama reprend les conclusions de la journe prcdente en les rapportant la physique quantique, selon laquelle les particules de la matire sont relles tout en tant dnues de solidit ultime. De mme, dans le bouddhisme, les phnomnes qui existent en dpendance, sont vides d’existence intrinsque et autonome. L’interdpendance est un concept global. Rien ne peut survenir sans causes, ni conditions. La causalit, ou karma, est la loi qui gouverne le monde des phnomnes. Il se produit un flot dynamique de changement des apparences, en fonction de causes et d’effets. Mais cela n’implique pas pour autant de concevoir une cause originelle, immuable, permanente, pareille un principe organisateur. Dans un monde en changement perptuel, les transformations sont dues aux qualits propres des phnomnes. Bonheur et souffrance, les expriences de la conscience Une fois analyses les conditions d’apparition des lments du monde phnomnal, on peut passer l’analyse des mcanismes qui crent dans l’esprit les tats opposs du bonheur ou de la souffrance. Chaque tre vivant a une aspiration fondamentale au bonheur et veut viter la souffrance. Comment le bonheur et la souffrance que nous prouvons sont-ils relis au monde extrieur ? Face au monde extrieur, nous avons des ractions sous forme de sensations dont notre esprit distingue diverses caractristiques. Nous valuons ensuite ces sensations et enfin nous rapportons au sujet que nous sommes l’exprience vcue des sensations. Le bonheur et la souffrance n’ont pas ncessairement une cause sensorielle immdiate. Selon la science, l’lectrochimie interne du cerveau serait l’origine de toutes nos expriences mentales. Mais le fonctionnement physiologique ne saurait rendre compte des expriences de la conscience subtile. Le bouddhisme ne rduit pas la conscience au cerveau. La mditation, la contemplation induisent des tats de conscience subtils et profonds qui ont le pouvoir de modifier les processus physiologiques eux-mmes. Certes la conscience est relie notre corps physique, mais elle ne se rduit pas ce corps. Dans la dfinition qu’en donne Sa Saintet, la conscience est une facult de clart et de luminosit. Elle permet de percevoir et de connatre en l’apprhendant directement les phnomnes. La conscience engendre des expriences telles que le rve o l’on prouve du bonheur et de la souffrance, ces sensations n’ayant pas pour base un objet substantiel. Le rve se produit au sein de la conscience. On distingue les consciences de veille, de rve et de sommeil profond. La conscience n’est pas exclusivement dpendante des organes des sens. Lorsqu’on est distrait, l’œil voit et pourtant la conscience n’enregistre pas d’image. La conscience pure est pure facult de cognition, dans son tat dpouill essentiel. La conscience, sans commencement, ni fin Certes la conscience est associe au corps, mais la conscience est qualitativement diffrente du corps physique grossier. Car les causes et les conditions qui maintiennent la conscience ont leur autonomie. La conscience n’est pas interrompue, mme lors de l’vanouissement, et elle persiste dans les tats de rve et de sommeil o le lien avec le support du corporel se modifie. On peut aller jusqu’ dire que le support physique n’est pas ncessaire pour la conscience. C’est le cas dans les expriences o la conscience se dtache du corps et volue sans tre relie au corps. Il existe de telles expriences de la conscience subtile du corps subtil. Si la conscience tait uniquement substantielle et matrielle, de mme qu’il existe une continuit biologique entre les parents et les enfants, il y aurait une identit d’exprience entre parents et enfants, au niveau de la conscience. Ce qui, l’vidence, n’est pas le cas. Si l’on devait concevoir un dbut au phnomne de la conscience, ce serait sous forme d’une cause premire et peut-tre soutiendrait-on que la conscience est issue de transformations du monde inanim ? Cela n’est pas satisfaisant au plan logique, il est donc prfrable d’envisager la continuit de la conscience. Chaque instant de conscience provient d’un instant de conscience qui la prcde. Ce que nous appelons une personne est un concept attach au flux de la conscience. Ce flux, tout comme la personne, est sans commencement ni fin. Il s’agit d’un continuum phmre, dpendant de causes et de conditions qui se transforment. L’ignorance, croyance en la solidit du moi et des phnomnes On peut dfinir l’ignorance comme le mode de perception erron qui pose la croyance en la solidit, en l’autonomie du moi et des phnomnes. En fait ce mode de perception correspond au fonctionnement naturel de notre esprit et il est renforc par une longue habitude. L’analyse permet de dcouvrir que les choses n’ont ni ralit, ni solidit. La perception rsultant de l’analyse ultime des choses doit tre cultive et utilise comme antidote. C’est ainsi que nous combattrons notre propension, si fortement enracine, croire en la ralit du moi et du monde. Or, rappelle le Dala-Lama, combattre l’ignorance c’est aussi combattre la souffrance. L’ignorance est la source des autres poisons et obscurcissements mentaux. En dveloppant l’altruisme, l’amour, la tendresse et la compassion, on rduit la haine, le dsir ou l’orgueil. Mais il demeure une forme subtile d’obscurcissement mental dont on vient bout par ce seul antidote, la ralisation d’une totale absence d’entit, de soi, d’identit des phnomnes et du moi. La cause de la souffrance n’est pas limine totalement, aussi longtemps que persiste la saisie et la fixation au moi et aux phnomnes. Pour radiquer la souffrance, il faut cultiver dans le continuum mental des qualits stables qui vont devenir une seconde nature. Ces qualits naissent d’une perception juste de la ralit des choses. Il en rsulte une sagesse et une srnit qui ne vieillissent pas car elles sont lies la conscience elle-mme. La luminosit naturelle de la conscience est l’antidote des poisons mentaux, fruits de constructions mentales, effets de voiles phmres adventices qui enveloppent la conscience et engendrent la souffrance. Comment actualiser l’absence de souffrance, demande alors le Dala-Lama ? La connaissance est l’antidote le plus sr qui dissipera notre ignorance fondamentale. Or le Dharma, c’est dire l’enseignement, apporte une connaissance utile pour liminer les motions perturbatrices et les formes les plus subtiles d’ignorance. Le Dharma nous conduit au-del de la souffrance, au nirvana. On dit que le Bouddha est le Bhagavan, en tibtain « Celui qui a dtruit les 4 Mara » que sont la mort, la distraction, l’orgueil et les motions obscurcissantes. Le Dharma permet de vaincre les facteurs mentaux qui font obstacle l’Eveil. Le nirvana est prcisment l’tat qui se trouve au-del des motions obscurcissantes. Aryadeva nous dit : « Au dpart, il faut abandonner tout acte ngatif ; au milieu tout attachement l’ego et la fin tout extrme, point de vue ou concept. » Pour raliser cela, il nous faut allier connaissance et accomplissement intrieur. Grce l’enseignement, nous discernons les aspects gnraux et dtaills, mais la connaissance thorique ne suffit pas. Il faut rflchir par nous-mmes, dans les circonstances de la vie qui sont un enseignement, pour retrouver la validit des enseignements par l’exprience personnelle. La conviction intellectuelle n’est pas suffisante. Il faut intgrer le sens des enseignements notre vie au moyen d’une authentique familiarisation. La mditation est ce processus de familiarisation qui nous habitue une nouvelle vision. L’tude ne procure une certitude que si, par une pratique persvrante, nous transformons notre esprit, nous matrisons l’espace intrieur de la conscience. On cite le cas d’un rudit qui ne connaissait que l’tude, sans accomplissement intrieur. Il lui advint de renatre comme un fantme avec une tte d’ne. Sur le chemin de notre transformation, la rencontre avec un matre spirituel est essentielle. Ce matre doit runir trois qualits de base : perfection de la conduite, rudition et perfection de l’tre. Actualiser la puret primordiale Pour obtenir les conditions qui permettront de raliser la nature ultime des choses et l’immense compassion qui en est issue, le Dala-Lama propose de transmettre un texte de la tradition nyingmapa de Longchenpa, intitul en franais « Trouver le confort et l’aise par la mditation sur le Dzogchen ». Le Dzogchen, ou « Grande perfection », correspond la puret primordiale des phnomnes perue en dehors des penses discursives qui voilent la luminosit naturelle de l’esprit. Pour progresser, on utilise d’abord le mental et les penses discursives, puis on laisse graduellement apparatre le continuum de la luminosit naturelle. Il y a plusieurs mthodes : celle de l’Anuyoga par exemple, utilise les souffles, les canaux et les essences pour laisser surgir la sagesse primordiale ; le systme de Kalachakra actualise la nature ultime de l’esprit en unissant la flicit et la vacuit ; l’Atiyoga apprhende directement la prsence veille. L’aboutissement de ces diffrentes mthodes revient dissoudre les agrgats dans la lumire. C’est, dans notre tradition, le corps d’arc-en-ciel dont il est fait tat au moment du dcs des grands pratiquants. Ainsi au Tibet oriental, on raconte qu’avant de mourir, un moine demanda que pendant sept jours on ne touche pas son cadavre en gardant ferme la porte de sa chambre. Au bout de sept jours, lorsqu’on entra dans la pice, on trouva le corps dissous. Il restait seulement les robes monastiques, pas mme des ongles ou des cheveux. Ce moine tait un ermite qui vcut trs simplement, sans manifester extrieurement les signes de ralisation d’une vie entire de contemplation. Et le Dala-Lama termine cette journe d’enseignement en rappelant que la bouddhit consiste actualiser la puret primordiale de l’esprit dans une vie d’efforts soutenus auprs d’un matre spirituel. 3. ENSEIGNEMENTS DU VENDREDI 22 SEPTEMBRE 2000 Comment pratiquer, c’est dire actualiser la puret primordiale et lumineuse de l’esprit ? Comment raliser la connaissance ultime de la nature veille ? L’enseignement de cette journe aborde ces questions. L’importance des circonstances de la pratique En se fondant sur le texte de l’rudit et du pratiquant nyingmapa Longchen Rabjam, cit la veille et intitul en franais « Trouver le confort et l’aise par la mditation sur le Dzogchen », le Dala-Lama numre une srie d’instructions de pratique qui favoriseront une stabilit profonde dans l’approche de la mditation. Ce sont par exemple les caractristiques des lieux, favorables la concentration : sommet des montagnes, le au centre d’un lac, lieux agrables et plaisants. La pratique spirituelle s’y dveloppe. Les lieux de plerinage sont galement trs bnfiques. Ils ont recueilli les bndictions des grands matres du pass. Toutefois s’adressant nous, pour notre pratique quotidienne, le Dala-Lama recommande que nous restions chez nous, que nous conservions notre vie professionnelle et familiale tout en apprenant devenir meilleurs au fil des jours. Il convient de choisir un mode de vie positif qui contribuera au bien-tre de la socit, en harmonie avec les principes du Dharma. Optons pour des mtiers dans les domaines de l’ducation, de la sant ou des activits sociales. Il vaut mieux viter de renoncer tout, de s’loigner dans une retraite solitaire. Le but n’est pas de se consacrer uniquement la pratique spirituelle, de mener une vie d’ermite solitaire, dans les glaciers. Progressons par degr, de faon stable en sachant se garder de position extrmiste, dans un esprit de constance et de persvrance. La pratique permet de se prparer la mort. Nous pouvons utiliser les annes plus calmes de la vieillesse pour dvelopper notre vie spirituelle. La maturit spirituelle en effet aide faire face la mort. La pratique est essentielle car elle transforme la vie de l’intrieur. Voir le matre spirituel comme un Bouddha Le pratiquant doit cultiver le renoncement et prendre intrieurement de la distance par rapport aux vnements de la vie. Il doit dvelopper une vision pure et une grande dvotion pour le matre spirituel qualifi qui est devenu son guide. Discipline, contemplation et sagesse sont les trois entranements qui permettront notre vraie transformation. « Si nous ne nous sommes pas transforms nous-mmes, comment aider les autres se transformer ? » demande Tsong Khapa. Voir le matre spirituel comme un Bouddha permet de dvelopper la vision pure, facteur essentiel de notre progression. La relation matre-disciple qui, historiquement, fut celle de Marpa et de Milarepa est exceptionnelle. Il ne faut pas chercher vivre des choses aussi extrmes et ne pas se comporter de manire aveugle. Dans tous les cas la meilleure offrande notre matre est celle de notre pratique, nous le servons en intgrant ses enseignements dans notre pratique aux trois plans du corps, de la parole et de l’esprit. C’est ainsi que nous pouvons rjouir notre matre. Purifier l’esprit Guids par notre matre, nous nous habituons progressivement transformer nos modes de pense, notre comportement, notre perception. Il s’agit d’oprer un total renversement de nos habitudes mentales en rduisant les motions dans un processus graduel d’tude, de rflexion et de mditation ou familiarisation. Ainsi nous affinons l’esprit, nous le purifions. Et cet entranement est une actualisation de notre potentiel de bouddhit. Nous apprenons matriser le flux de notre conscience, contrler les motions obscurcissantes, sans nous laisser dominer par elles. Tel est le chemin vers la ralisation de la nature absolue. Notre pratique intgre de la sorte tous les aspects et les diffrents niveaux de l’enseignement du Bouddha. Ce que nous appelons le Dzogchen, ou « Grande perfection », ne consiste pas en constructions mentales mais correspond la connaissance directe de la prsence veille. Sur ce chemin l, on ne brle pas les tapes. La grande perfection contient en fait toutes les tapes du chemin. Elle s’obtient lorsqu’on a transform les motions obscurcissantes en sagesses qui sont les catalyseurs de l’Eveil. Devant les motions obscurcissantes, nous devons savoir tre perptuellement vigilants. Lorsque l’une d’elles se prsente l’esprit, nous devons ragir comme si un malfaiteur s’tait introduit dans la maison et nous empresser de le chasser. Car ce qu’il s’apprte nous drober, ce sont nos ralisations. Si les poisons mentaux peuvent finalement tre transforms en sagesse, c’est que leur nature, au plan ultime, est empreinte de la lumire primordiale. Le moi, la racine des poisons mentaux Le moi est la racine des poisons mentaux. Notre esprit fabrique, projette et attache des concepts sur les personnes et les objets. La fixation gocentrique renforce les qualits ou les dfauts que nous prtons autrui. Il en rsulte une solidification de la coupure entre moi et non-moi, mien et non-mien. Les choses que nous percevons spares sont en ralit relies. Mais notre moi les disjoint. Tant que nous sommes dans l’ignorance et que nous n’avons pas ralis l’absence de ralit du moi et des phnomnes, notre esprit s’attache concevoir la solidit du moi. Raliser l’absence d’existence inhrente du moi est un antidote efficace la fixation gocentrique. Sous l’effet de l’attirance et du dsir, l’esprit se fond et s’attache l’objet de sa saisie. Le dsir de possession est trs puissant, il cristallise l’attachement au moi et au mien. Nous ressentons de la rpulsion pour ce qui nous nuit et cette rpulsion va se transformer en haine, puis en dsordre de l’esprit, en paroles blessantes, en violence. Ces motions ngatives sont causes de mauvaise sant. Des tudes mdicales ont montr que les personnes qui, dans le langage de la vie courante, utilisent le plus les mots je, moi ou mien, sont plus sujettes que d’autres des maladies cardiaques. A la racine des motions ngatives, on trouve donc le moi et la croyance en la solidit des choses. Il faut nous efforcer de dissiper des niveaux de plus en plus subtils de cette croyance. duquer notre vie motionnelle reprsente un travail de plusieurs dizaines d’annes pour remdier aux sentiments ngatifs qui sont devenus l’tat naturel de notre esprit. Car nous prenons notre moi pour acquis, sans avoir cherch savoir ce qu’il est. La rification du moi et des phnomnes cre la coupure entre sujet et objet. Lorsqu’on dissipe la croyance en la ralit du moi et du monde, on dcouvre que la connaissance elle-mme est dpourvue d’existence propre. Cela videmment correspond une tape dj avance sur la voie. 4. SAMEDI 23 ET DIMANCHE 24 SEPTEMBRE Journes d’initiation o les larmes du Dala-Lama furent un enseignement dans l’enseignement. Vœux et initiation reus de l’esprit du matre Les trois premires journes d’enseignement ont prpar les deux journes suivantes. Le 23 septembre, Sa Saintet a donn les « vœux de Bodhicitta », ou « vœux de l’esprit d’Eveil », qui, avec « les vœux de Bodhisattva », sont l’engagement de pratiquer pour sauver tous les tres de l’errance dans l’existence cyclique du samsara. La prise de ces vœux a t suivie de la prise des Refuges, puis de l’initiation de Guru Padmasambhava. Le 24 septembre a t une journe de prire de longue vie pour le Dala-Lama, suivie d’une conclusion reprenant les enseignements des trois premiers jours. Si le compte rendu d’un enseignement est envisageable, celui des prises de vœux et d’une initiation ne pourrait tre que trs approximatif et contraire mme la rgle tantrique. L’initiation, dans le bouddhisme tibtain, est « une transmission de pouvoir », le pouvoir de pratiquer les visualisations et les rituels associs une dit. Par dfinition, elle se reoit directement du matre. On ne saurait donc tirer un quelconque bienfait, ni mme une information utile de la lecture d’un compte rendu. Car le matre ne se contente pas de clbrer un rituel quand il donne une initiation. Il transmet en outre sa ralisation, et on reoit les vœux ou l’initiation de l’esprit du matre qui a reu lui-mme l’initiation d’un matre prcdent, dans une ligne ininterrompue remontant au Bouddha lui-mme. C’est ce qui fait le prix inestimable et irremplaable d’une initiation. Les larmes de Sa Saintet ou l’esprit d’Eveil, cœur de l’enseignement Commencs dans la tempte, la pluie torrentielle et la boue, les journes d’enseignement se sont termines sous le soleil et dans un ciel bleu, parfois travers de nuages et de vent. Sur cette partie du plateau du Larzac, la priode de l’quinoxe a la rputation d’tre agite. Mais les caprices de la mto n’ont pas entam la dtermination des huit mille personnes venues ce rendez-vous pour l’enseignement d’une parole partage et cependant intime, donne tous et chacun simultanment pour nous conduire la source de l’esprit et du cœur. Esprit et cœur sont indissociables, dsigns du mme mot en tibtain. Une belle prsence vint partager la grce de ces journes. Le pre Ceyrac, pre jsuite qui, Madras, sauva des dizaines de milliers d’enfants des rues. Lui qui, 87 ans, dclare n’avoir qu’un seul regret, celui de ne pas avoir aim assez, se dit touch par la tendresse immense qui mane du Dala-Lama. Il tait accompagn d’un jsuite plus jeune, le pre Joyeux, son fils spirituel, qui remarqua avec motion la qualit du silence et du recueillement des milliers de personnes runies. Parmi ces anonymes, une place particulire avait t faite des handicaps, une centaine, qui reurent individuellement la bndiction de Sa Saintet. Les organisateurs avaient voulu que ceux que la vie prouve le plus puissent trouver auprs du Dala-Lama la grce d’un rconfort et une aide sur le chemin de la vie. C’est ainsi que dans ces cinq journes d’enseignements, l’enseignement ne fut pas seulement dans la parole donne par le Dala-Lama, mais dans de multiples signes, des rencontres et des regard croiss. Exemple de ce qui resta pour beaucoup le plus grand enseignement dans ces enseignements de tous ordres : les larmes du Dala-Lama. Lorsque Sa Saintet donna les vœux de bodhicitta, en expliquant le caractre non ordinaire de cet amour altruiste de l’esprit d’Eveil qui prfre les autres soi-mme, soudain sa voix se noua. Il n’arrivait plus parler et des larmes coulrent sur son visage. Des larmes qui, plus et mieux que les mots, exprimaient le caractre sublime de l’esprit d’Eveil. Ces larmes, enseignement spontan, direct et manifeste, touchrent profondment ceux qui taient prsents, montrant chacun que l’esprit d’Eveil est une ralit vivante, le cœur mme des enseignements que nous avons reus. Le samedi 23 septembre, chacun rcita dans sa propre langue, avec le Dala-Lama, la "Prire pour engendrer l’esprit d’Eveil". Ce fut un moment fort de cette journe, lorsque la prire de huit mille personnes monta et emplit la tente des enseignements. PRIERE POUR ENGENDRER L’ESPRIT D’EVEIL Avec le souhait de librer tous les tres, Je prendrai toujours refuge En le Bouddha, le Dharma et le Sangha Jusqu’ ce que j’atteigne l’Eveil parfait. Inspir par la compassion et la sagesse, En prsence des Bouddhas, Je gnre aujourd’hui l’esprit d’Evceil Pour le bien de tous les tres sensibles. Tant que l’espace durera, Et tant que les tres sensibles demeureront, Puiss-je moi aussi demeurer Pour dissiper la misre du monde. Nous vous proposons des liens vers les organisateurs de cet venement. Association Rigpa Association Golfe du Lion NB : Si vous souhaitez vous procurer les enregistrements audio et vido des enseignements sur le Chemin de l’Eveil, vous pouvez tlphoner ou crire : ZAM - 1 rue de Soulondre 34700 Lodve - tl. 04 67 88 46 36 Septembre 2000
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