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> Bouddhisme > Conférences


L’Initiation de Kalachakra (2° partie)

Les textes nous disent que si nous savons développer la claire lumière de la méditation au cours de cette vie, nous saurons reconnaître la claire lumière et y demeurer au moment de la mort.

Par Sofia Stril-Rever

Rencontre du jeudi 6 décembre 2001 –

Cercle d’étude et de pratique de Kalachakra

« Les 7 initiations analogues aux événements de l’enfance »

Bonsoir et bienvenue àla rencontre de ce soir. L’initiation de Kalachakra dure trois jours et la phase préliminaire, ou préparatoire, une journée et demie. Nous avions examiné le mois dernier les préliminaires qui nous rendent aptes àentrer dans le mandala. L’essentiel qu’on peut retenir de la phase préparatoire est qu’il s’agit d’un processus de purification au terme duquel nous avons cessé d’être la personne ordinaire que nous étions au début, en arrivant àl’initiation. Et parce que nous avons cessé d’être cette personne ordinaire, nous avons pu entrer, d’abord les yeux bandés, puis les yeux ouverts, dans « la cité suprême de la grande libération », c’est àdire le mandala.

Je vous propose de commencer ce soir au 3° jour où le guru transmet les initiations àl’intérieur du mandala. J’ai de nouveau affiché cette représentation du mandala de Kalachakra puisque l’initiation effective a lieu devant les quatre visages de Kalachakra, représentés par les quatre quadrants et aux cinq niveaux des mandala du corps, de la parole, l’esprit, la sagesse primordiale et la félicité.

Dans les initiations de Kalachakra qu’on peut recevoir comme une bénédiction, sans que le maître ait posé la condition d’un engagement effectif de pratique, 7 initiations seulement sont données àl’intérieur du mandala. Dans les initiations de Kalachakra transmises avec un engagement de pratique, il y a onze initiations au total, les 7 premières plus deux initiations « hautes » et deux initiations « plus hautes que hautes ». Ces dernières jusqu’àprésent n’ont pas été décrites dans les livres, nous nous bornerons donc àexaminer les 7 initiations analogues aux événements de l’enfance. Ces initiations sont dites « analogues aux événements de l’enfance » parce que chacune d’elle est associée àun événement symbolisant la formation et le développement de l’enfant depuis sa naissance.

Nous retrouvons le thème de l’enfance dont nous avions déjàparlé, en disant qu’on entre dans le mandala « comme un enfant ». Au début du rituel, le maître déclare en effet : « Mon enfant approche-toi, Je t’enseignerai dans leur totalité les rites et les pratiques du Grand véhicule. Tu es le vaisseau de la Grande voie ». Dans une présentation grand public du mandala de Kalachakra, il est écrit : « Tu es le vaisseau du grand voyage ». Cela ressemble un peu àune pub pour une croisière. C’est vrai que dans le rituel de Kalachakra, le samsara est comparé àun océan. Mais c’est un océan rempli de dangers, « peuplé des monstres marins terrifiants que sont les crocodiles de la naissance, la maladie, la vieillesse et la mort ». Ce n’est donc pas un océan où l’on se complaît et nous supplions le guru de nous donner l’initiation qui nous libérera du « terrifiant océan de l’existence cyclique », qui aura la vertu de nous faire passer sur l’autre rive.

Déroulement de l’initiation

Les 7 initiations données dans le mandala de Kalachakra purifient en tout 36 facteurs d’existence qu’on appelle aussi les bases àpurifier. 10 bases du corps sont purifiées dans les initiations 1 et 2 ; 12 bases de la parole sont purifiées dans les initiations 3 et 4 ; 12 bases de l’esprit sont purifiées dans les initiations 5 et 6 ; enfin 2 bases de la félicité sont purifiées dans l’initiation 7.

On saisit la logique du processus de l’initiation : avec la purification des 10 bases du corps, nous sommes au niveau du mandala du corps ; avec la purification des 12 bases de la parole, nous progressons au niveau du mandala de la parole ; avec la purification des 12 bases de l’esprit, nous progressons au niveau du mandala de l’esprit ; et avec la purification des 2 bases de la félicité, nous parvenons au sommet du mandala de la félicité. Nous avons progressé de la base au sommet.

Les initiations sont couplées par 2, de 1 à6. Les 2 premières initiations correspondent ànotre transformation dans le corps Eveillé de Kalachakra – nous renaissons comme le corps d’Emanation de Kalachakra – elles se déroulent devant le visage blanc de la déité, dans le quadrant nord du mandala ; les initiations 3 et 4 correspondent ànotre transformation dans la parole Eveillée de Kalachakra – nous renaissons dans le corps de Jouissance de Kalachakra – elles se déroulent devant le visage rouge de la déité, dans le quadrant sud du mandala ; les initiations 5 et 6 correspondent ànotre transformation dans l’esprit Eveillé de Kalachakra – nous renaissons dans le corps de Dharma de Kalachakra – elles se déroulent devant le visage bleu de la déité, dans le quadrant est du mandala ; enfin l’initiation 7 correspond ànotre transformation en la félicité-vacuité de Kalachakra – nous renaissons dans le corps Inné de Kalachakra – elle se déroule devant le visage jaune de la déité, dans le quadrant ouest du mandala. Les 4 visages et les 4 quadrants du mandala sont aussi les 4 gouttes et les 4 états de conscience : l’état de veille est la goutte blanche au nord, l’état de rêve, la goutte rouge au sud, l’état de sommeil profond la goutte bleue àl’est et l’état de rêve, la goutte jaune àl’ouest. Dans le mandala de Kalachakra, les gouttes apparaissent dans leur état purifié, elles correspondent àdes états de la conscience éveillée, tout comme les corps de Bouddha sont des dimensions d’apparition de cette conscience éveillée.

1. L’Initiation de l’eau

La première des 7 initiations est l’initiation de l’eau. Elle est analogue au premier bain que donne la mère àson enfant nouveau-né. Le symbolisme de cette première initiation est clair. Tout comme àla naissance nous avons été lavés des résidus de l’enveloppe fœtale, lors de l’initiation, nous sommes lavés des souillures de notre enveloppe samsarique.

L’initiation de l’eau purifie nos cinq éléments internes, terre, eau, feu, air et espace. Ces cinq éléments sont les substances primordiales dans l’embryogenèse de Kalachakra puisque l’ovule est considéré comme la terre, le sperme est l’eau qui la fertilise, le feu est la dynamique de la germination, l’air active la croissance et l’espace est l’expansion du fœtus. Le Tantra de Kalachakra dit :

« La terre donne la semence qui se trouve dans la matrice, puis l’eau la fait germer.

Ensuite le feu donne la floraison et l’air active la croissance ;

La vacuité donne l’espace de la croissance… »

Il nous est donc donné de revivre ce processus des origines de la vie, mais sur un autre plan. Car dans l’initiation, ce n’est pas l’enveloppe charnelle de notre corps physique ordinaire qui est formée, mais le corps d’Emanation ou Nirmanakaya d’un Bouddha. Et cela est symbolisé par le fait que l’initiation de l’eau a lieu devant le visage blanc de Kalachakra, dans le quadrant nord du mandala, où le Bouddha chef de lignée est Amitabha.

Devant ce visage blanc de Kalachakra, après avoir fait l’offrande au guru et présenté notre supplique, nous recevons l’initiation interne qui nous autorisera ànous visualiser comme la déité appelée Corps vajra. La déité Corps vajra est Kalachakra se manifestant dans son corps d’Emanation.

Cette initiation interne devant le visage blanc de Kalachakra est similaire dans son déroulement àla première initiation interne que nous avions reçue dès le début de la cérémonie de purification, une fois la motivation juste établie. Nous visualisons les rayons de lumière émanés du guru qui est Kalachakra père-mère, nous nous absorbons dans cette lumière, traversons le corps de Kalachakra-père pour nous établir dans le lotus-matrice de Kalachakra-mère. La déité Corps vajra et les bouddhas de l’espace sont attirés également par les rayons de lumière émanés du guru. Ils s’absorbent en lui et fondent en l’esprit d’Eveil de couleur blanche qui traverse le corps de Kalachakra-père. Etablis dans la matrice de Kalachakra-mère, nous recevons directement d’eux la bénédiction et l’initiation en étant touchés par le nectar de l’esprit d’Eveil qu’ils font couler sur nous.

Nous renaissons ensuite de la matrice de Kalachakra-mère sous forme de la déité Corps vajra et maintenons cette visualisation. C’est donc en tant que déité Corps vajra que nous allons maintenant recevoir l’initiation de l’Eau. Mais au préalable, l’Eau qui est la substance externe de l’initiation doit être également transformée en déité. Cette transformation est effectuée au cours d’une série de visualisations associant l’Eau, les cinq Bouddhas féminins du mandala, les éléments internes de notre corps et les directions de l’espace. Une bonne intériorisation du mandala est une aide précieuse pour suivre ces différentes phases du processus d’initiation.

C’est ainsi que l’élément espace de notre corps et l’eau de l’initiation visualisée au zénith et au nadir se transforment en 2 lettres a, qui se transforment en vajra dont sont émanées 2 Vajradhatvishvari vertes, enlacées àVajrasattva. Nous sommes au cœur du mandala, sur le lotus vert central du mandala de félicité.

Ensuite, l’élément air de notre corps et l’eau de l’initiation visualisée àl’est se transforment en 2 lettres i, qui se transforment en épées dont sont émanées 2 Tara noires, enlacées àVairochana. Nous sommes dans le quadrant noir, àl’est du mandala, l’épée est l’attribut d’Amoghasiddhi, le Bouddha chef de lignée de cette partie du mandala.

Puis, l’élément feu de notre corps et l’eau de l’initiation visualisée au sud se transforment en 2 lettres r, qui se transforment en joyaux dont sont émanées 2 Pandara rouges, enlacées àAmitabha. Nous sommes dans le quadrant rouge, au sud du mandala, le joyau est l’attribut de Ratnasambhava, le Bouddha chef de lignée de cette partie du mandala.

Puis, l’élément eau de notre corps et l’eau de l’initiation visualisée au nord se transforment en 2 lettres u, qui se transforment en lotus dont sont émanées 2 Mamaki blanches, enlacées àRatnasambhava. Nous sommes dans le quadrant blanc, au nord du mandala, le lotus est l’attribut d’Amitabha, le Bouddha chef de lignée de cette partie du mandala.

Enfin, l’élément terre de notre corps et l’eau de l’initiation visualisée àl’ouest se transforment en 2 lettres l, qui se transforment en roues dont sont émanées 2 Lochana jaunes, enlacées àAmoghasiddhi. Nous sommes dans le quadrant jaune, àl’ouest du mandala, la roue est l’attribut de Vairochana, le Bouddha chef de lignée de cette partie du mandala.

Le guru fait alors des offrandes aux bouddhas pères-mères et on visualise le nectar de leur union qui se transforme en l’eau des vases. Puis, tout en récitant le mantra de cette initiation, le guru fait le geste de toucher le disciple au diadème, aux épaules, aux bras, aux hanches et aux cuisses et d’y déposer quelques gouttes de l’eau consacrée. C’est ainsi qu’est transmise la première initiation de l’eau dans le mandala de Kalachakra. Le guru nous invite alors àressentir une sagesse non-conceptuelle sous forme d’une vague de félicité-vacuité dans notre continuum mental. Il dit : « La conscience de grande félicité atteste du vide d’existence inhérente et fait naître une sagesse spéciale, exaltée, de félicité et de vacuité indifférenciées. »

Nous visualisons alors les 5 Bouddhas Mères aux 5 lotus de notre corps subtil, Vajradhatvishvari verte est au diadème, Tara noire au front, Pandara rouge àla gorge, Mamaki blanche au cœur et Lochana jaune au nombril. Les éléments internes deviennent les 5 Mères et des rayons de lumière en sont émanés. Ces rayons de lumière attirent les 5 Mères du mandala, et àleur suite toutes les déités du mandala qui viennent s’absorber dans les Mères visualisées sur les lotus de notre corps. Nous terminons l’initiation par des offrandes. Le guru nous dit que l’initiation de l’Eau nettoie les souillures des 5 éléments. Elle nous autorise àaccomplir les réalisations et les activités des 5 Mères. Elle établit en nous des potentialités pour accomplir les 5 Mères dans notre continuum et atteindre la première terre de bouddhéité. Nous aurons totalement parcouru cette première terre au moment du fruit.

2. L’Initiation de la Couronne

La 2° initiation est l’initiation de la Couronne qui, avec l’initiation de l’Eau, nettoie les dix bases du corps. Elle correspond àl’acte de nouer les cheveux au sommet de la tête de l’enfant. Les cheveux sont parfois comparés àdes milliers de fils qui nous attachent au samsara et que l’on tranche en prenant les vœux monastiques. Lorsqu’on noue les cheveux au sommet de la tête, on les rassemble et on les structure. Dans l’initiation, la transformation des agrégats en Bouddhas chefs de lignée par l’initiation de la couronne symbolise la structuration de notre expérience du monde en perception pure.

Après les 5 éléments purifiés dans l’initiation de l’Eau, nous purifions maintenant les 5 agrégats. L’initiation interne n’est pas donnée une 2° fois puisque nous maintenons la visualisation de nous-mêmes comme la déité Corps vajra que nous sommes devenus au début de l’initiation de l’Eau. La couronne, substance de l’initiation, est la tiare tantrique àcinq volets représentant les 5 familles de Bouddha. Nous faisons au guru l’offrande du mandala de l’univers, lui présentons notre requête de l’initiation, puis commençons le processus de visualisation qui va transformer nos agrégats.

L’agrégat de la conscience se transforme en la lettre a dont sont émanés 2 vajras qui se transforment en 2 Akshobhya verts enlacés àPrajnaparamita (nous sommes au centre du mandala). L’agrégat des formations mentales se transforme en la lettre i dont sont émanés 2 épées qui se transforment en 2 Amoghasiddhi noirs enlacés àLochana (nous sommes dans le quadrant est du mandala). L’agrégat des perceptions se transforme en la lettre r dont sont émanés 2 joyaux qui se transforment en 2 Ratbasmabhava rouges enlacés àMamaki (nous sommes dans le quadrant sud du mandala). L’agrégat des sensations se transforme en la lettre u dont sont émanés 2 lotus qui se transforment en 2 Amitabha blancs enlacés àPandara (nous sommes au nord du mandala). L’agrégat de la forme se transforme en la lettre l dont sont émanés 2 roues qui se transforment en 2 Vairochana jaunes enlacés àTara (nous sommes àl’ouest du mandala).

Des rayons de lumière émanés de la lettre hum au cœur des déités attirent les Bouddha père-mères qui emplissent l’espace et leur union produit le nectar de l’esprit d’Eveil qui devient la substance de l’initiation, ici la Couronne. Nous récitons le mantra, visualisons que la Couronne touche notre corps au diadème, aux épaules, bras, hanches et cuisses. Une sagesse non-conceptuelle se produit dans notre continuum mental sous forme d’une vague de félicité-vacuité. Au diadème l’essence de notre agrégat de la conscience se transforme en Akshobhya. Au front, l’essence de notre agrégat des formations mentales se transforme en Amoghasiddhi. A la gorge, l’essence de notre agrégat des perceptions se transforme en Ratnasambhava. Au cœur, l’essence de notre agrégat des sensations se transforme en Amitabha. Au nombril, l’essence de notre agrégat des formes se transforme en Vairochana. Des rayons de lumière émanés des Bouddhas de nos agrégats attirent les Bouddhas du mandala. Ils viennent s’absorber dans nos agrégats purifiés en l’éclat des 5 Bouddhas.

Après avoir fait une offrande, le guru déclare que nous avons désormais en nous des potentialités pour accomplir les 5 Bouddhas dans notre continuum mental. Il nous promet que cette 2° initiation nous donne la potentialité d’accomplir la 2° terre au moment du fruit.

3. L’initiation des Rubans de soie

Cette initiation et la suivante ont lieu devant le visage rouge de Kalachakra, dans le quadrant sud dont le Bouddha chef de lignée est Ratnasambhava. Elles purifient les 12 bases de la Parole. La 3° initiation, qui est celle des Rubans de soie, correspond àl’acte de percer les oreilles de l’enfant pour y suspendre des parures. L’élément air est symbolisé par les oreilles et par les sons d’une part, par le trou qu’on perce dans les oreilles d’autre part, ainsi que par la substance de l’initiation, les Rubans de soie (dans l’iconographie, les Rubans de soie noués àdes attributs tels que lances ou épées symbolisent l’élément air). Or la parole est liée àla production des sons et ce sont les bases de la parole que l’on purifie au cours de cette initiation.

Le schéma général de l’initiation se répète comme dans les deux premières initiations. Après les offrandes et la supplique au guru, une initiation interne est donnée devant le visage rouge de Kalachakra qui représente la déité Parole vajra, c’est àdire Kalachakra dans son Sambhogakaya. Nous visualisons les rayons de lumière émanés du cœur du guru qui est Kalachakra père-mère, nous nous absorbons dans cette lumière, traversons le corps de Kalachakra père et nous établissons dans le lotus-matrice de Kalachakra mère. Nous y recevons la bénédiction et l’initiation des Bouddhas de l’espace qui se sont absorbés aussi dans Kalachakra père-mère, sous forme de l’esprit d’Eveil blanc qu’ils font couler sur nous. Nous renaissons de la matrice sous forme de Kalachakra dans son Sambhogakaya, nous sommes la déité Parole vajra.

Les rubans de soie sont appelés la substance externe de l’initiation. Ils doivent être transformés en déités de l’initiation tout comme nos souffles subtils. C’est ce qui est effectué au cours du processus de visualisation. Les rubans de soie sont engendrés comme les 10 Shakti avec des couleurs correspondant aux éléments et les 10 souffles du corps subtil sont purifiés par association aux 10 Shakti.

Le souffle Egalisateur et le souffle de la Tortue, correspondant àl’élément air, ainsi que 2 rubans de soie noire se transforment en 2 lettres a et ha qui se transforment en encensoirs et chasse-mouche en queue de yak noire dont sont émanées 2 Shakti de couleur noire.

Le souffle Ascendant et le souffle du Caméléon, correspondant àl’élément feu, ainsi que 2 rubans de soie rouge se transforment en 2 lettres ah et hah qui se transforment en lampes àbeurre et chasse-mouche en queue de yak rouge dont sont émanées 2 Shakti de couleur rouge.

Le souffle Omnipénétrant et le souffle de Devadatta, correspondant àl’élément eau, ainsi que 2 rubans de soie blanche se transforment en 2 lettres am et ham qui se transforment en nourriture et chasse-mouche en queue de yak blanche dont sont émanées 2 Shakti de couleur blanche.

Le souffle Egalisateur et le souffle de la Tortue, correspondant àl’élément air, ainsi que 2 rubans de soie noire se transforment en 2 lettres a et ha qui se transforment en 2 encensoirs et chasse-mouche en queue de yak noire dont sont émanées 2 Shakti de couleur noire.

Le souffle du Serpent et le souffle de Dhananjaya, correspondant àl’élément terre, ainsi que 2 rubans de soie jaune se transforment en 2 lettres aa et haa qui se transforment en conques et chasse-mouche en queue de yak jaune dont sont émanées 2 Shakti de couleur jaune.

Le souffle de Vie, correspondant àl’élément espace, ainsi qu’un ruban de soie verte se transforme en 2 lettres ho qui se transforment en vajra dont sont émanées 2 Vajradhatvishvari vertes.

Le souffle Expulseur, correspondant àl’élément conscience, ainsi qu’un ruban de soie bleue se transforme en 2 lettres phrem qui se transforment en couperets dont sont émanées 2 Vishvamata de couleur bleue.

Avec la transformation des rubans de soie et de nos souffles en les 10 Shakti, nous sommes au cœur du mandala de Félicité sur les pétales du lotus vert entourant Kalachakra père-mère et nous sommes aussi fondus en Vishvamta.

Lorsque le guru fait le geste de toucher, avec les rubans de soie, les 5 points de notre corps, diadème, épaules, bras, hanches et cuisses, nous imaginons que les 10 Shakti se fondent en nos souffles subtils. Il en résulte une sagesse non-conceptuelle que nous ressentons comme une vague de félicité-vacuité.

Les 10 souffles subtils sont associés aux 8 veines subtiles du cœur et aux 2 veines au-dessus et au dessous du cœur. Le cœur du mandala est àl’image du lotus subtil du cœur qui est aussi le Dharmachakra. Car le mandala de la Félicité, le lotus central de couleur verte du mandala, a 8 pétales qui sont les 8 premières Shakti, 2 Shakti, Vajradhatvishvari et Vishvamata étant considérées comme fondues dans Kalachakra-mère, Vishvamata de couleur orange. Alors que la Shakti Vishvamata est de couleur bleue.

Nous visualisons alors les rayons de lumière émanés des Shakti sur les pétales de notre cœur subtil. Elles attirent les Shakti sur les pétales du mandala de la félicité qui viennent se fondre en nous avec toutes les déités du mandala. Le maître déclare solennellement que l’initiation des Rubans de soie a purifié les souillures de nos souffles subtils et établi en nous les potentialités pour accomplir les activités des 10 Shaktis et obtenir le fruit de la troisième terre.

4. L’Initiation du Vajra et de la Clochette

La 4° initiation est celle du Vajra et de la Clochette, elle correspond au moment où l’enfant commence àrire et àparler. Elle est donc liée àla production de sons ainsi qu’àl’énonciation de la pensée discursive dans la parole. C’est la 2° initiation que nous prenons devant le visage rouge de Kalachakra, en maintenant la visualisation de nous-mêmes comme la déité Parole vajra, soit le Sambhogakaya de Kalachakra. Cette initiation purifie les veines subtiles de droite et de gauche. On considère dans le système de Kalachakra qu’il y a en tout 72 000 veines subtiles dont trois principales qui sont situées au centre du corps et relient entre eux les différents lotus subtils. Les veines principales de droite et de gauche, quand elles sont actives, produisent les concepts de sujet et d’objet. On présente la supplique au guru pour qu’il purifie ces 2 veines.

La veine droite est visualisée comme le vajra dont Kalachakra est émané ; la veine gauche est visualisée comme la clochette dont est émanée Vishvamta, en union avec Kalachakra. Nous sommes donc au centre du mandala, Kalachakra père-mère. Tout en faisant le geste de toucher avec le vajra et la clochette les cinq endroits de notre corps, diadème, épaules, bras, hanches et cuisses, le guru nous invite àpenser que les souffles diminuent dans les veines latérales et se rassemblent dans la veine centrale qui est la veine de la félicité : « Ainsi sont engendrés, dit-il, le plan de pleine conscience résultante qui réalise le Mahamudra et le niveau de stabilisation immuable. Pensez que des graines causales sont déposées pour atteindre progressivement ces niveaux de la voie. »

Avec la transmission de cette initiation, nos veines principales sont devenues Kalachakra père-mère. Les rayons de lumière qui en sont émanés attirent la déité centrale du mandala qui vient s’absorber en nous avec toutes les déités de l’initiation. Pour finir, après les offrandes, le guru déclare solennellement que cette initiation nous autorise àaccomplir les réalisations de la déité principale, àpurifier notre lune et notre soleil internes (la bodhicitta-père blanche qui coule dans la veine gauche et la bodhicitta-mère rouge qui coule dans la veine droite) et àobtenir la 4° terre au moment du fruit.

5. L’Initiation de la Conduite

La 5° initiation est celle de la Conduite et avec la 6° elle purifie 12 bases de l’esprit. L’initiation de la Conduite correspond àl’expérience de l’enfant qui se réjouit des cinq attributs du monde du désir. Elle purifie les facultés sensorielles et leurs sphères. La convergence des facultés des sens et de leurs objets crée le facteur mental du contact qui est le 6° des liens de la production interdépendante. Le facteur mental du contact discrimine entre ce qui est agréable, désagréable ou neutre, il est donc la racine du désir et de l’aversion. L’initiation de la Conduite va purifier les consciences sensorielles de sorte que la convergence des facultés sensorielles et de leurs objets ne sont plus une source d’obscurcissements mais deviennent àl’inverse une source de compréhension de la vacuité. La substance de l’initiation est une bague symbolisant que le champ de l’expérience sensorielle est restreint et que son objet est exclusivement félicité et vacuité.

Le guru nous transmet tout d’abord l’initiation interne afin que nous puissions nous visualiser comme la déité Esprit vajra qui représente le Dharmakaya de Kalachakra et le quadrant est du mandala. Dans le processus de visualisation on transforme ensuite les 6 consciences sensorielles et les sphères des phénomènes qui leur sont liées, ainsi que la bague substance de l’initiation, en déités. Ce processus est le même que dans les initiations précédentes. Les 6 consciences sensorielles sont l’ouïe, l’olfaction, la vue, le goà»t, le toucher et le sens mental qui, associés àdes éléments, des lettres, des couleurs et des objets symboliques se transforment en couples de bodhisattvas masculins et féminins en union.

Comme dans les initiations précédentes, le guru fait le geste de toucher avec la bague les cinq endroits de notre corps et fait naître ainsi une sagesse non-conceptuelle de félicité-vacuité. Les bodhisattvas de notre corps émettent des rayons de lumière qui attirent les bodhisattvas et les déités du mandala.

Dans le commentaire qu’il fait àce point du rituel, le Dalaï-Lama nous invite àconsidérer l’absence d’existence inhérente des phénomènes au cœur même de l’expérience que nous en faisons. « Dans le fait, dit-il, que les phénomènes apparaissent comme s’ils existaient par eux-mêmes, se trouve fondé leur vide d’existence inhérente. » Il prend l’exemple des arbres. Nous nous attendons àvoir les arbres avec un feuillage de couleur verte. Pourtant, avec des lunettes teintées jaunes, ces mêmes arbres nous paraîtront jaunes. Leur couleur est donc dépendante des conditions de notre perception, elle n’a pas une existence séparée de la perception que nous avons. Si nous sommes conscients de cela, la solidité des choses, leur vérité supposée peut donc, au lieu de nous enfermer dans la prison de la réalité, nous servir de clef pour l’ouvrir et nous en échapper. Et en remontant la dynamique d’apparition des phénomènes fondée sur leur interdépendance, nous avons ainsi une chance de parvenir jusqu’àla nature lumineuse et ultime de l’esprit. C’est en tout cas ce àquoi nous a engagé Sa Sainteté le Dalaï-Lama dans ses récents enseignements àCecina, près de Pise, il nous a invités àdémonter en quelque sorte le monde sensible, àle déconstruire pour en révéler la nature véritable qui nous est voilée par les perceptions ordinaires. Et ce travail de déconstruction est rendu possible par l’initiation qui a nettoyé les souillures des facultés des sens et de leurs sphères. Elle nous donne un pouvoir qui n’est pas banal, celui de jouir des attributs du monde du Désir tout en reconnaissant leur nature véritable, c’est àdire leur vide d’existence inhérente. En conclusion, le guru nous promet que nous atteindrons la 5° terre au moment du fruit.

6. L’Initiation du Nom

L’Initiation du Nom est la 6° et la 2° que nous recevons en tant que déité de l’Esprit vajra, c’est àdire du Dharmakaya de Kalachakra, dans le quadrant Est. Elle correspond àla cérémonie lors de laquelle, dans l’Inde ancienne, on donnait un nom àl’enfant. Le nom est ici beaucoup plus que l’appellation enregistrée sur notre carte d’identité. Ce nom de l’initiation correspond àun potentiel d’accomplissement, un peu comme les noms de famille d’autrefois qui indiquaient la profession transmise de génération en génération et qui, tout particulièrement en Inde, sont liés aux systèmes des castes et, àl’intérieur des castes, aux sous-castes.

J’ai ainsi étudié avec un pandit indien dont le nom de famille était Mishra, qui veut dire « mêlé ». J’ai compris la portée de ce nom lorsqu’il me l’a expliqué. Ce nom, pourtant commun en Inde, indiquait dans son cas que, de génération en génération, les pandits de cette famille étaient des érudits qui pouvaient étudier àla fois les sutras et les tantras, qui mêlaient ces deux types de connaissance. C’est pourquoi l’initiation du nom va purifier nos facultés de l’action et nos activités. La substance de cette initiation est un bracelet qui enserre le bras et symbolise la restriction de l’action et de l’activité àdes actions et activités visant l’Eveil.

Les 6 facultés de l’action, dans l’ordre, vessie, bouche, main, pied, anus et organes génitaux ainsi que leurs activités sont transformés selon le processus, en lettres, attributs symboliques, et déités courroucées, gardiennes du mandala de l’Esprit de Kalachakra. Et pour conclure ces initiations de l’Esprit de Kalachakra, le guru déclare : « Ces initiations nettoient les souillures de l’esprit qui fait réagir les sens aux objets et met en activité les facultés de l’action. » Elle nous donne le potentiel d’obtenir le fruit de la 6° terre.

7. L’Initiation de la Permission et les initiations complémentaires

La 7° initiation est celle de la Permission. Elle correspond àl’acte du père qui apprend une leçon àl’enfant. Les leçons que nous apprenons nous rendent aptes ensuite àagir de manière appropriée, en connaissance de cause pour ainsi dire. De même, l’initiation de la Permission nous autorise àenseigner conformément aux aspirations et dispositions des êtres. Les 2 bases que purifie cette initiation sont le 6° élément et le 6° agrégat de Conscience primordiale. Ils sont transmis dans le quadrant ouest du mandala, devant la déité Conscience primordiale vajra, émanée de Kalachakra père-mère. Nous recevons l’initiation interne qui nous autorise ànous visualiser comme cette déité.

Puis notre agrégat de Conscience primordiale et notre élément de Conscience primordiale se transforment en ham et kshah qui se transforment en vajras dont sont émanés Vajrasattva enlaçant Dharmadhatvishvari et Prajnaparamita enlaçant Akshobhya.

Cette dernière initiation nous rend aptes àfaire le bien des autres et comment faire leur bien ? Principalement en enseignant le Dharma qui délivre de la souffrance. Des objets symboliques nous sont distribués, la roue du Dharma, la conque, le Tantra de Kalachakra et la clochette qui nous encouragent àtourner la roue de la Loi et faire retentir le son de l’enseignement.

Comment enseigner ? Le Dalaï-Lama nous dit : « Quand vous enseignerez le Dharma, gardez en toutes circonstances présent àl’esprit le vide d’existence inhérente qui vous engage àconsidérer toute chose comme l’effet d’une illusion de magie… Vous devez enseigner le Dharma en vous appuyant sur la signification du vide d’existence inhérente de tous les phénomènes. » C’est làl’enseignement essentiel. Le vide d’existence inhérente n’est pas seulement une expression abstraite. Il fait l’objet de méditations analytiques dans lesquelles l’esprit examine la dynamique d’apparition et de disparition des phénomènes. Mais il se vit aussi et s’éprouve, notamment dans la souffrance, les épreuves de la vie qui nous font voir l’impermanence. Il n’est pas nécessaire pour cela d’être un grand érudit. Des personnes exposées àdes épreuves très dures ont su parfois complètement intérioriser la vacuité.

Car la vacuité vécue est la solidarité, l’interdépendance, l’expérience du lien fondamental qui nous relie àtoutes les formes de vie. C’est la vacuité au plan relatif que l’on transforme ensuite en sagesse de Bouddha grâce notamment àl’initiation et des personnes particulièrement éprouvées par la vie entrent dans le Dharma avec une immense facilité parce qu’elles ont su transformer en trésor d’enseignement un vécu très douloureux. Ce vécu devient la base àpartir de laquelle se développe la compréhension de la vacuité qui n’est pas une notion ou un concept, mais une expérience – une expérience qui prend la forme du mandala et des déités.

Récapitulatif des 7 initiations àl’intérieur du mandala

Pour récapituler le processus des 7 initiations àl’intérieur du mandala de Kalachakra, on peut dire que chaque initiation commence par l’engendrement de soi-même comme l’un des 4 corps de Bouddha, visualisé devant l’un des 4 visages de Kalachakra et dans l’un des 4 quadrants du mandala. Nous renaissons comme le corps d’Emanation, le corps de Jouissance, le corps de Dharma et le corps Inné de Kalachakra. Puis nous visualisons les déités du mandala sur les lotus de notre corps subtil en les associations àdifférents facteurs d’existence qui sont au total 36 ainsi qu’àla substance externe de l’initiation eau, couronne, rubans de soie, vajra, clochette, bague ou bracelet.

Après l’initiation effective, c’est àdire une fois les déités établies sur nos lotus subtils, nous absorbons les déités du mandala dans nos lotus subtils. Il y a donc 2 temps, 1° nous nous absorbons en la déité, 2° la déité s’absorbe en nous.

Dans ce processus, notre image corporelle solidifiée dans l’identité ordinaire, se dématérialise pour ainsi dire dans l’énergie de l’Eveil. Elle n’est plus opaque, mais laisse passer la lumière et elle devient fluide, changeant de forme suivant les instructions données. Justement le Dalaï-Lama nous dit que la substance des corps de Bouddha et des visualisations de déités, c’est la conscience de félicité-vacuité. Cette conscience est notre conscience ordinaire mais purifiée au sens où les apparences ordinaires ne s’y manifestent plus. Dès lors il devient possible ànotre potentiel de se manifester àson maximum et le Bouddha en nous peut enfin se révéler. C’est le sens de la purification de tous nos facteurs d’existence qui nous lient àl’existence samsarique dans leur fonctionnement ordinaire mais qui nous relient ànotre nature de Bouddha grâce àl’initiation.

Le fonctionnement ordinaire des facteurs d’existence est basé sur la dualité et la division. Alors que, dans l’expérience de l’initiation, les facteurs d’existence reliés au mandala sont unifiés dans la conscience de félicité-vacuité qui est une expérience de la non-dualité et du lien. Car dans toutes les phases du processus nous sommes Kalachakra père-mère devant les quatre visages de la déité, dans les quatre quadrants de son mandala. Or Kalachakra père-mère,au centre du mandala, est également posé sur le lotus subtil ànotre cœur. Et la conscience de félicité-vacuité qu’il incarne est aussi la source de la claire lumière. Cette claire lumière, inséparable de la goutte indestructible du cœur, est la claire lumière qui apparaît naturellement, spontanément, àl’instant de la mort. Elle est aussi la claire lumière de la méditation. Et les textes nous disent que si nous savons développer la claire lumière de la méditation au cours de cette vie, nous saurons reconnaître la claire lumière et y demeurer au moment de la mort. La claire lumière de la méditation est comparée àla claire lumière mère qui embrasse la claire lumière fille de la mort. On comprend donc que renaître dans l’initiation de Kalachakra c’est aussi toucher le point de non-naissance et de non-mort dans la claire lumière, qui brille au cœur du mandala comme au lotus de notre cœur.




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