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> Bouddhisme > Découverte


Mort et renaissance selon le bouddhisme vietnamien

Que reste-t-il après la dissolution du corps. Peut-on dire qu’une partie consciente de notre individualité subsiste dans l’océan d’énergie qu’est la vie en mouvement ? Le point de vue du Vénérable Tich Thien Châu, moine mahayaniste vietnamien

Par Vénérable Tich Thien Châu

La mort et la renaissance se suivent continuellement tant que les êtres sont perdus dans l’aberration qui les fait agir sous l’emprise de l’égoïsme et de l’attachement àl’existence. Par contre, si l’on élimine l’ignorance, les actes égoïstes cessent de se reproduire. Ils ne sont plus attachés aux objets de plaisir et le processus de vie est interrompu. Ce qui provoque la fin de tous les attachements est appelé Arahant (la non-renaissance). Le Bouddha est aussi un Arahant sur le plan de la libération. Le cas où un Arahant continue àvivre dans ce monde en dépit de l’épuisement de ses désirs, peut être comparé au mouvement d’un ventilateur électrique ; le courant est déjàcoupé, mais le ventilateur continue àtourner àcause de la vitesse acquise.

La mort est la cessation des processus psycho-physiques de la vie et, en même temps, elle est la libération totale et l’indescriptible félicité qui ne peut être mesurée. L’Arahant n’appartient àaucune des catégories d’êtres /cf An, II 38). Du fait qu’ils ne produisent plus d’actions égotiques (karma) ils n’apparaissent plus dans un cadre quelconque (Sun, 99). Aucune réponse définitive n’est donnée àla question sur le sort de l’Arahant après la mort. Le dialogue suivant illustre bien l’indétermination sur ce sujet (avyakata)

– "Vénérable, le Tathagata existe-t-il après la mort ? - "Le Bienheureux, Ô Empereur, n’a point révélé que le Tathagata existait au-delàde la mort"

– "Alors, le Tathagata n’existe pas au-delàde la mort, 0 Vénérable

– "Le Bienheureux, 0 Empereur, n’a pas du tout révélé que le Tathagata n’existait pas au-delàde la mort" - "Alors, 0 Vénérable, le Tathagata existe au-delàde la mort et en même temps, n’existe pas ? Alors, 0 Vénérable, le Tathagata n’existe pas au-delàde la mort ?

– "Cela, Empereur, le tathagata ne l’a point révélé". - "Et pourquoi, 0

Vénérable, le Bienheureux ne l’a-t-il point révélé "Permettez-moi ici,

Empereur, de vous poser une question et dites-moi ce que vous en pensez

Dites-moi, Empereur, avez vous un comptable, un maître des finances ou un trésorier capable de compter les grains de sable du Gange et qui puisse dire : "Il y a tant de grains de sable, ou tant de centaines, ou milliers ou centaines de milliers de grains de sable ? "Ou bien avez-vous un comptable, un maître des finances ou un trésorier capable de mesurer l’eau du grand océan et qui puisse dire : "Il y a dans cet océan tant de mesures d’eau, ou tant de centaines, ou milliers, ou centaines de milliers de mesures d’eau ? "

"Non, 0 Vénérable"

"Et pourquoi ? Parce que le grand océan est profond, sans mesure, insondable. Il en serait de même, 0 Empereur, si l’on tentait de concevoir l’être du Tathagata au moyen des attributs de son nom et de sa forme. Avec le Tathagata, ces attributs seraient abolis ; leurs racines seraient annihilées. Comme un palmier, ils seraient déracinés et mis de côté afin qu’ils ne puissent plus développer de nouvelles racines plus tard. Le Tathagata, Empereur est libéré du fait de voir son être mesurable avec les mesures du monde corporel. Il est profond, sans mesure, insondable, comme le grand océan. Il n’est pas exact que le Tathagata existe au-delàde la mort, Il n’est pas non plus exact que le Tathagata n’existe pas au-delàde la mort. En vérité, il n’est pas exact que le

Tathagata existe ou n’existe pas au-delàde la mort" (sn, iv 374,599).

Quelle attitude adopter ?

Du fait que les Bouddhistes cherchent la vérité en suivant les expériences du Bouddha, leur attitude envers la mort a sa source dans l’enseignement du Bouddha et son attitude face àla mort. Il faut dire, tout d’abord, que les

Bouddhistes ne sont pas obsédés par la mort. Ils la considèrent comme une réalité qui doit être examinée. Entre le relatif et l’absolu, la mort est une phase de changement importante ; elle doit être examinée expérimentalement conformément àla réalité et avec l’intention de la transcender.

La compréhension de la doctrine des productions conditionnées nous mène àl’élimination de la crainte et de la terreur devant la mort (parce que la mort n’est qu’une phase du long processus de la vie).

la compréhension de l’importance d’une vie bien vécue (parce qu’une telle vie mène àune naissance dans de meilleures conditions ; celui qui parcourt le chemin de l’immortalité ne craint pas la mort car, au-delàde cette vie, ne sont pas les ténèbres mais la lumière, la joie, ainsi qu’il est décrit dans le Dhammapada

"Qui agit bien se réjouit en ce monde

Il se réjouira dans le monde futur

Il se réjouit dans les deux mondes

La compréhension de la doctrine de l’insubstantialité et de l’impermanence nous mène àla compréhension de la réalité humaine ; les hommes ne sont qu’un processus psycho-physique éphémère sans substance, c’est pourquoi la mort est un phénomène naturel. Aimer la vie en détestant la mort est une absurdité.

Puisque la mort est inévitable et commune àtous les êtres vivants, la croyance en une supériorité de personne, de race, de position sociale, etc... est une illusion orgueilleuse. De même s’attacher àtrouver des moyens de prolonger la vie du corps, de toutes façons éphémère, est une entreprise sans signification. Au contraire, l’attitude positive consiste àutiliser la vie présente de façon às’assurer une vie future dans de bonnes conditions ainsi que le Bouddha nous y a exhortés avant son départ en parinirvana ; "Tout ce qui est composé doit être décomposé, Travaillez assidà»ment àl’obtention de votre but" (Dn, Il 1561. Ainsi, la connaissance de la mort dans sa réalité, conformément àla doctrine Bouddhiste constitue le premier pas sur le chemin de la réalisation de l’immortalité.

Il est néanmoins nécessaire de ne pas attendre la dernière minute de sa vie pour aborder le sujet de la mort. Il nous faut nous familiariser avec les pensées que nous souhaiterons avoir. Pour ce faire, il est nécessaire de pratiquer quotidiennement la méditation sur la mort. Ce, non seulement parce que cette pratique portera ses fruits au moment de la mort et ensuite, mais aussi pour ses bienfaits présents : le contrôle de soi, l’équanimité dans les difficultés, le détachement des objets de plaisir et, par-dessus tout, le détachement de la sensualité, le développement de l’amitié et de la compassion envers ceux qui sont aussi sujets àla mort. Bouddhaghosa a décrit le fruit de la méditation sur la mort dans son aspect le plus élevé et le plus détaché : "le moine qui se consacre au rappel de la mort est, en tous temps, infatigable ; il acquiert le détachement de toutes formes d’existence ; il renonce aux plaisirs de la vie, déteste le mal, n’amasse rien, il est libre du désir de tout ce qui n’est pas strictement nécessaire àsa vie ; l’idée de l’impermanence (anicca) lui devient familière et, agissant de concert avec cette conception, les idées de souffrance (dukkha) et de non-substantialité (anatta) se présentent àlui... il meurt libéré de la peur et du doute et, s’il n’a pas atteint l’état d’immortalité durant sa vie, àla dissolution du corps il atteindra une heureuse voie d’expérience" (Vis Viii).

Dans les pays Bouddhistes, les proches parents du mourant invitent toujours les moines afin de l’aider en le stimulant et en lui rappelant les qualités du Bouddha. Cette coutume est utile aux mourants qui n’ont pas la connaissance et l’expérience de la doctrine du Bouddha et de la voie de l’immortalité.

Vénérable Tich Thien Châu



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