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> Bouddhisme > Portraits


Le message de Bernie Glassman, maître zen : porter témoignage de l’intégralité de la vie

Notes de lecture du livre : L’art de la paix, de Bernie Glassman.
Bodhisattva moderne, il définit un zen social engagé dans l’époque contemporaine.

Par Sofia Stril-Rever

Comment vivre avec le souvenir d’Auschwitz, devenu le lieu symbole de la déshumanisation de l’homme par l’homme ? Comment vivre avec la conscience du désordre social qui, dans les pays les plus riches, contraint un nombre important de personnes àvivre et àmourir dans la rue ? Bernie Glassman pose ces questions. Il y répond par la pratique d’un bouddhisme engagé qui, dans une formulation renouvelée, énonce ainsi les vœux des bodhisattvas modernes, membres de l’Ordre des peacemakers dont Bernie Glassman est le fondateur :

« Je fais le vœu d’être l’Unité, la nature éveillée de tous les êtres.

Je fais le vœu d’être la Diversité, l’océan de sagesse et de compassion.

Je fais le vœu d’être l’Harmonie, l’interdépendance de toutes les créations.  »

Unité, Diversité, Harmonie. Ces trois termes sont les bases de la voie des « artisans de la paix  », les références d’une réflexion qui leur permettra de « porter témoignage de l’intégralité de la vie  ». L’Unité est assimilée àla paix et àla totalité. Se prévalant de la mystique juive, Bernie Glassman interprète « faire la paix  » comme « faire le tout  ». « Les kabbalistes pensent qu’au commencement, seule la lumière divine existait et qu’en créant le monde, Dieu l’a brisée en un nombre infini d’étincelles… La guérison de l’univers consiste àrassembler les fragments dans le tout.  »

Ce qui nous empêche de saisir l’Unité ou la totalité dont nous sommes un éclat est le fonctionnement dualiste de notre pensée : « Ma conscience des autres et des choses implique qu’ils sont séparés de moi et cette situation engendre une maladie sociale, celle de la séparation… Si vous faites l’expérience de l’unité de la vie et que vous rencontrez un sans-abri dans une rue de New York, vous n’allez pas vous poser la question de savoir s’il est votre frère. Vous allez considérer la réponse comme évidente et vous vous occuperez de votre frère. Car il est vous.  »

Être l’autre. L’altruisme radical de Bernie Glassman veut être l’autre dans les situations les plus extrêmes et les plus désespérées. Être l’autre que l’on rejette, que l’on parque dans les asiles, les hospices ou les mouroirs. Être l’autre que l’on exclut parce qu’il dérange nos préjugés, nos conventions, notre appréciation de ce qui est bon, bien ou beau ; parce que « nous passons la plupart de notre temps àexclure quelque chose ou quelqu’un : celui dont la couleur de la peau est plus sombre ou plus claire, celle dont le corps dégage une forte odeur parce qu’elle vit dans la rue et qu’elle ne s’est pas lavée depuis plusieurs semaines…  »

La rue et les SDF qui l’habitent deviennent le terrain d’expérience où les peacemakers mettent àl’épreuve les vœux qu’ils ont pris. De même Auschwitz, cet « au-delàde la consolation  » qui est chargé de l’histoire d’une extermination de dizaines de milliers d’êtres humains, devient le lieu d’expérimentation où la guérison s’obtient en cherchant àvivre « comme si chaque chose et chaque personne était le Bouddha, le Christ ou le Divin  ».

Autre face de l’Unité, la Diversité. La diversité fonde l’unité, ce qui nous rapproche est le fait que nous sommes tous différents : « Non seulement nous sommes différents les uns des autres, mais tout est changement. Nous sommes un mais nous sommes aussi tous différents. Nous ne pouvons faire la paix dans le monde si nous ne prenons en compte nos différences.  » Faire le vœu de la diversité revient àregarder la vie de tous les points de vue possibles, dans un lâcher prise total par rapport ànos préjugés et ànotre égocentrisme.

L’Unité et la Diversité reconnues conduisent au troisième objet du refuge, l’Harmonie. L’harmonie est définie comme le champ de l’action, une fois que l’on a pris conscience que chaque situation et chaque personne rencontrées expriment l’unité de la vie. C’est le sens de la relation qui déterminera les modalités de l’acte et c’est dans le lien en unité et diversité que le peacemaker vit la compassion. « Com-passion signifie souffrir avec  : nous sommes la souffrance, les enfants affamés, la mère vivant dans la rue, la personne en train de mourir, les détenus d’un camp de concentration, les villageois vietnamiens mitraillés par les armes automatiques de l’hélicoptère, aussi bien que les soldats mitraillant les Vietnamiens.  »

Portant témoignage de cette expérience profonde d’un zen « social  », Bernie Glassman délivre un message pris àla source de son œuvre d’artisan de la paix, effectuée en commun avec d’autres artisans de la paix. Et lors de la journée de sensibilisation (samedi 21 octobre 2000) puis de la conférence qu’il donna àParis (mercredi 25 octobre 2000), il invita les participants àvivre aussi l’expérience de la non-dualité fondamentale dans l’Harmonie, en devenant des membres actifs de l’ordre des artisans de la paix. Bernie Glassman définit ainsi « la Voie de la rue  » : « Ouvrir la main, abandonner nos possessions et notre savoir, porter témoignage des offrandes données et reçues, telle est la Voie. Plus nous nous dépouillons et plus nos existences deviennent pleines ; l’ironie est que la plupart des gens accumulent des biens dans l’espoir d’atteindre cette plénitude et ils découvrent finalement que leur vie est vide.  »

Citations extraites du livre de Bernie Glassman, L’Art de la paix, Un maître zen engagé dans le monde d’aujourd’hui, Albin Michel, octobre 2000

Novembre 2000




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