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Denis Blamont

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> Intégration > Société > Développement local et durable


Énergie en montagne : la voie solaire

Dans des villages montagnards, cette énergie renouvelable propose, par une technologie adaptée aux sociétés et aux milieux où elle est implantée, une voie de développement soutenable.

Par Denis Blamont

Le Géres (groupe énergies renouvelables et environnement) et le CNRS sont associés dans un programme de développement de l’énergie solaire en Inde et au Népal. Dans des villages montagnards, cette énergie renouvelable propose, par une technologie adaptée aux sociétés et aux milieux où elle est implantée, une voie de développement soutenable.

Le Programme Asvin (applications solaires dans les villages de l’Inde et du Népal) du CNRS s’est donné pour objectif l’étude des processus liés àl’introduction de l’énergie solaire et des techniques liées dans des régions reculées du sous-continent indien, et en particulier de l’Himalaya. L’idée directrice de ces recherches est de réaffirmer qu’il est nécessaire que ce soit les techniques qui soient adaptées aux systèmes de production et aux sociétés, et non l’inverse. Pour autant, il n’en est pas moins vrai que l’introduction de ces techniques, surtout si elles sont très sophistiquées, d’une part demande la préexistence de structures sociales, financières et techniques encadrant leur utilisation, d’autre part entraîne des changements tels que la cohésion des sociétés villageoises peut en être mise en danger. Si l’on veut assurer la pérennité de ces innovations et permettre l’autonomie de ces sociétés àlong terme, un travail de préparation est donc nécessaire ainsi qu’un suivi attentif de toute action.

Des techniques simples et maîtrisables

Dans cette perspective, Asvin et le Géres (groupe énergies renouvelables et environnement) se sont associés pour tenter d’apporter des solutions au déficit énergétique subi dans des régions himalayennes très arides du Népal (Mustang, au nord des Annapurnas) et de l’Inde (Ladakh, Kumaon et Sikkim). Le problème a été abordé dans sa globalité et les innovations proposées concernent la vie domestique tout autant que les activités de production et utilisent l’énergie solaire sous ses formes thermique et photovoltaïque : architecture (isolation thermique des maisons, mais également poulaillers ou cultures sous serres) ; chauffage de l’eau (notamment pour la pasteurisation et la distillation de jus de pomme et la fabrication de fromage) ; éclairage ; agriculture (irrigation), traitement des récoltes (meunerie, presse àhuile) et des produits animaux (laine des moutons et des chèvres).

Les techniques introduites doivent être simples et maîtrisables par leurs utilisateurs. Cela demande un important travail de formation, la création de réseaux techniques pour les réparations, la maintenance et l’élaboration de plans financiers assurant la rentabilité des équipements. Par « création de réseaux techniques  », nous entendons non seulement les chaînes techniques reliant l’utilisateur aux fabricants et aux réparateurs, mais également le développement des savoir-faire locaux pour la réparation sur place des équipements, ainsi que des capacités de fabrication du plus grand nombre possible des équipements utilisés, dans les villes les plus proches.

Nécessité d’identifier eux-mêmes leurs besoins

Pour mener àbien de telles opérations, nous avons besoin de moyens financiers, bien sà»r, mais aussi de savoir-faire technique et d’organisation. Un partenariat entre la Savoie et ces régions de l’Himalaya permettrait l’exploration de ces trois axes. En effet, les Indiens et les Népalais qui ont visité la Savoie àla suite du forum mondial de la montagne y ont été impressionnés par les techniques utilisées, notamment dans l’élevage laitier et la fabrication du fromage, l’utilisation de l’énergie ou la gestion de l’environnement - dont certaines des techniques leur ont semblé pouvoir être adaptées aux conditions de leurs régions -, mais aussi par les structures de décision, àla fois locales et régionales, qui permettent une dynamique de développement volontaire. Ils ont alors perçu la nécessité et la possibilité d’identifier eux-mêmes leurs besoins et la manière de les satisfaire et de devenir ainsi les acteurs de leur propre développement.

Des liens directs et étroits, fondés sur des transferts de techniques entre les collectivités de ces montagnes, non seulement entre la Savoie et l’Himalaya, mais également àl’intérieur de ce dernier massif, devraient permettre d’inverser le schéma de « développement  » trop courant dans les pays du Tiers-Monde : des collectivités locales, ou des individus, assistés, qui reçoivent passivement une aide technique et financière, dont ils ne perçoivent le plus souvent ni la nécessité ni la pertinence, et des administrations ou des organismes extérieurs qui proposent et gèrent des projets dont ils arrivent rarement àse désengager avec succès.

D. B.

octobre 2000



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