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Education àl’environnement

L’éducation àl’environnement est en prise directe avec l’essor de la démocratie participative et le développement durable. S’inscrivant progressivement dans tous les échelons du territoire elle renouvelle éducation populaire et action politique.

Par Roland Gérard

Education au territoire

Au fond, qu’est-ce que l’éducation àl’environnement dont on parle de plus en plus et qu’apporte t-elle de nouveau ? En quoi les territoires en émergence, les communautés de communes, les pays, peuvent-ils y trouver quelque chose d’utile àleur édification ? Bien plus de 1 000 participants, lors des premières Assises nationales de l’éducation àl’environnement àLille en février 2000, 470 ànouveau se retrouvaient en novembre 2000 àSète pour les 2ème Assises régionales du seul Languedoc-Roussillon. N’y aurait-il pas ici les signes d’une réappropriation du fait éducatif par la population ?

Une vision nouvelle de l’éducation semble bien en effet s’imposer doucement, naturellement, par des regroupements successifs et toujours plus nombreux, de citoyens organisés. Un Plan national d’action a été rédigé lors des Assises nationales. Progressivement, les cinquante-deux associations nationales membres du Collectif français pour l’éducation àl’environnement se l’approprient et le déclinent àleur façon. Les collectifs régionaux font de même àl’échelle de leurs territoires. Les administrations centrales, Environnement, Agriculture, jeunesse et Sports, Éducation nationale, Ville... le diffusent et y puisent des orientations pour l’action.

Les réseaux départementaux émergent en ce moment sous nos yeux, en même temps que le réseau international francophone « Planet’ERE  ». Le réseau national École et nature existe depuis le début des années 80, suivi de près par la dynamique des Graine et autres réseaux régionaux d’éducation àl’environnement.

Une pédagogie pleine d’attention

Nous passons, c’est certain, d’une instruction bourrée d’intention àune pédagogie pleine d’attention. Il ne s’agit en rien « d’enseigner  » l’environnement. L’éducation àl’environnement s’appuie sur les pédagogies actives, on y pratique le terrain, on y travaille en groupe, on y construit ses savoirs en mettant en oeuvre la pédagogie de projet et ces savoirs ne s’arrêtent jamais aux connaissances. Savoir-faire et savoir-être y sont privilégiés.

L’évaluation qu’on y pratique ne s’arrête pas àl’individu, mais elle se penche aussi sur le groupe et sur le site sur lequel l’action éducative se déroule. Nous devons nous poser cette question : la pédagogie que nous mettons en place crée-t-elle de la compétition entre les individus, ou de la coopération ? Fait-elle surgir des solidarités ? Fabriquons nous du corps social, ou encore et toujours de la fragmentation ? C’est une pédagogie qui privilégie le lien au bien. Elle tend vers la fraternité parfois, vers la tentative de la compréhension mutuelle toujours, elle est résolument un instrument de non violence. Et pour le site sur lequel se déroule notre action pédagogique, et pour la cohérence, on s’interroge sur le milieu. Que deviennent nos déchets ? Comment faire mieux ? Quelle forme d’énergie utilisons-nous et quelles en sont les conséquences ? Qu’avons-nous dans nos assiettes ? Ne pourrions-nous pas avoir une nourriture plus saine pour nous et les territoires où elle est produite ? ... L’éducation àl’environnement favorise la participation, elle fait appel àla créativité de chacun et s’exprime dans la transdisciplinarité.

Nouvelle dimension de la citoyenneté

Partie le plus souvent de la connaissance de la nature, l’éducation àl’environnement intègre aujourd’hui les questions des déchets, de l’usage de l’eau et de l’énergie, des transports, de la compréhension des tissus urbains. Elle intègre aussi l’apprentissage de la citoyenneté et les principes mis en avant dans le concept de développement durable. Il faut voir les enfants en jeu de rôle, tenir un conseil municipal. Ils y mettent tout leur coeur, la passivité n’y a pas sa place. C’est une pédagogie pleine d’attention qui se développe. Elle est en train de donner droit àune nouvelle dimension de la citoyenneté. Il ne s’agit

plus seulement de se respecter et de se comprendre pour vivre ensemble entre humains. En plus de cela, on doit aussi respecter les plantes, les bêtes, le silence, la nuit, l’eau, l’air et tout ce qui traverse la vie. Et aussi certainement trouver le chemin d’une éducation qui amène au respect de soi. Ce serait ça l’écocitoyenneté, vivre bien en nous même, avec les autres et avec le monde. L’éducation àl’environnement rend autonome, elle socialise et responsabilise, c’est un véritable renouveau de l’éducation populaire.

Privilégier le geste àla parole

Une volonté de s’organiser entre citoyens très forte et en même temps un rejet des systèmes hiérarchiques proposant aux individus de s’aligner et d’avoir une confiance aveugle dans leurs dirigeants. Voilàprobablement ce qui constitue le contexte favorable pour l’invention de ce nouveau « mode d’être ensemble  ».

Autonomie des groupes et sous groupes, implication concrète dans l’action de spécialistes, rapidité des décisions et de l’exécution, reconnaissance des acteurs des opérations, voilàpour ce qui est des multiples chantiers qui sont menés au quotidien. Le mode de vie en réseau est celui qu’ont choisi les acteurs de l’éducation àl’environnement, ils l’inventent en même temps qu’ils le vivent. Vivre en réseau participe du même état d’esprit que fonctionner selon une démocratie participative, les fondements sont les mêmes. Ce système ne nie en rien les leaders. Le leader est facile àrepérer, c’est celui (ou celle) qui est devant. Si on observe bien, on voit que c’est comme pour les vols d’oies, il y a des leaders, ils se passent le relais.

Une éducation àl’environnement de parole est une éducation pauvre, ce sont les gestes qu’il faut privilégier. Comme disait André Leroi-Gourhan, « le geste précède la parole  ». Les auteurs-acteurs de l’éducation àl’environnement sont pragmatiques, ils font avant de dire. Le grand slogan sur la question de l’environnement, reconnu par tous, était « agir local, penser global  ». Ce slogan a vécu, enterré àSeattle en 1999. L’action citoyenne globale prenait alors naissance, elle s’est poursuivie àPorto Alegre en janvier 2001. Voilàpour le chantier global, on ne fait pas qu’y penser, on y agit maintenant. De l’autre côté, les faiseurs de chantiers de l’environnement au local, viennent àla parole, listes « motivé-e-s  » en tête, arbre qui cache la forêt des citoyens qui veulent dire le local et plus seulement faire, souvent en dehors des partis politiques.

L’oeuf et le nid

La mondialisation économique, avec quelques années de retard, trouve son pendant citoyen ; les villages, les quartiers pensent àconfier leur avenir àceux qui concrètement agissent pour faire face àl’urgence écologique et sociale. Il a été tant dit et si peu fait. U n’y a plus beaucoup de crédibilité pour ceux qui disent. Il y a une légitimité croissante pour ceux qui font. À Rio en 1992, beaucoup de choses ont été dites et bien peu ont été faites, c’était déjàl’alarme écologique et sociale. En dix ans, la situation, malgré une prise de conscience bien réelle, s’est nettement détériorée. Que faire ? Faire justement que les diseurs fassent et que les faiseurs disent. Donner la parole àceux qui font, repérer et mettre en lumière les bonnes expériences, refuser d’écouter ceux qui disent, s’ils ne sont pas cohérents. L’approche pragmatique qui privilégie le geste amène les éducateurs àl’environnement àcréer des outils. L’outil rend le geste explicite, efficace, pour sa mise en oeuvre, il faut inventer le partenariat.

Si l’éducation àl’environnement était un oeuf, avec le sens qu’elle porte et son potentiel, il faut, c’est urgent, qu’elle trouve son nid. Ce nid, imbrication de fibres de différentes natures, c’est le partenariat. Les élus responsables des territoires, les enseignants, les représentants des associations de parents, de protection de l’environnement, d’éducation populaire, d’éducation àl’environnement, de sport, de consommateurs, les responsables d’entreprises, des administrations, des organisations comme l’Ademe, les agences de l’eau, Éco-emballages... les fibres sont multiples, différentes suivant les territoires. Elles sont plus ou moins riches, plus ou moins solides, mais toujours d’une façon ou d’une autre heureuses de s’associer pour le fait éducatif. L’intercommunalité, les pays... sont les lieux de mise en oeuvre idéale des actions d’éducation àl’environnement.

Associer entreprises, universités et collectivités

Ce sont àces échelles que nous trouvons les expériences les plus innovantes, les plus solides et les plus prometteuses. Des emplois se créent et se pérennisent. Les exemples sont multiples : la région Champagne-Ardenne apportant 50 francs par participant de classe d’environnement par jour, quel que soit le lieu de provenance des enfants, subventionnant les classes vertes des jeunes d’ÃŽle-de-France et d’ailleurs, quand tant de départements et de régions inondent magazines et murs de métro de publicités, àla fois alléchantes et affligeantes. Argent citoyen participant àl’abrutissement des citoyens et au fleurissement des boîtes de communication. On préférera toujours une région qui s’ouvre intelligemment àune région qui se vante.

Entre les nids, des fils... de nombreux fils. Les auteurs/acteurs de l’éducation àl’environnement ne savent pas travailler recroquevillés dans leur coin. Ils ont la culture de l’ouverture et de l’efficacité. Ouverture aux autres, aux nouvelles expériences. Les acteurs se mettent en liaison, les boîtes e-mail sont pleines, elles débordent, on apprend, on échange, on mutualise. Cela n’est pas suffisant. Au delàde la mise en relation, nous allons au regroupement. Se regrouper pour dire collectivement et se faire entendre. Bien possible que d’ici 4 à5 ans, nous ayons une loi relative àl’éducation àl’environnement. Plusieurs voient dans le plan national d’action les prémices de cette loi.

La voix des territoires

Aujourd’hui, avec le Collectif français pour l’éducation àl’environnement, avec les régions dans lesquelles les Crée (Collectifs régionaux d’éducation àl’environnement) se forment. il est urgent d’associer trois cercles àces dynamiques : cercle des entreprises, cercle de la recherche et de l’université, cercle des collectivités territoriales. Ce que souhaitent aujourd’hui les responsables de l’éducation àl’environnement dans notre pays, c’est une implication forte et concertée des collectivités territoriales dans le fait éducatif. Elle est urgente. La voix des territoires doit être entendue àl’Unesco en novembre ; les collectivetés ont toute leur place dans le projet Planet’ERE 2. À nous de faire en sorte que cette loi, qui devient de jour en jour plus nécessaire, ne soit pas un nouvel aménagement jacobin.

Oui, c’est bien de l’appropriation du fait éducatif dont il s’agit. Ce n’est pas une fenêtre, mais une baie vitrée qui s’ouvre sur les systèmes éducatifs de nos pays développés, sinistrés par leurs écoles de plus en plus violentes et sans issue pour trop de personnes. L’éducation àl’environnement invente une école en phase avec le territoire. Une école dans laquelle on pratique le terrain, dans laquelle on vient au contact de la réalité, où on favorise le travail de groupe et le débat. L’école doit, c’est urgent, permettre aux jeunes de s’approprier leur territoire, de faire corps avec lui, c’est cela l’éducation àl’environnement.

Mai 1997



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