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> Intégration > Société > Développement local et durable


Mondialisation : vers une redécouverte du local ?

L’avancée de la mondialisation fait peur. D’abord àceux qui n’en sont pas encore exclus mais qui craignent de le devenir. Ensuite, aux rejetés et aux laissés-pour-compte, àtous ceux qui ne voient pas de solutions àla crise et àl’horreur économique.

Par Adels

La mondialisation inquiète parce qu’elle est au cur d’un ensemble d’interrogations que toutes les nations - et pas seulement les plus pauvres - sont appelées àconnaître : délocalisation de l’économie du pays qui ne risque plus de privilégier les besoins nationaux, crise de l’emploi et développement des modes de travail informels, précaires et non régulés, affaiblissement des liens sociaux et apparition d’isolements individuels toujours plus forts... Elle inquiète parce qu’elle implique la construction d’un espace mondial unique, qui fait de l’homogénéisation son mot-clef et du capital son cur. Mais, en contrepartie, elle a provoqué la naissance au sein des espaces locaux de forces de réactions, qui se basent sur l’hétérogénéité et la différenciation. La mondialisation, d’abord « rouleau compresseur  » sans contrôle, devient source de négociation et de réglementation.

Au niveau local, son impact est en pleine redéfinition. Doit-on rester impuissant devant une commune, devant une région ou un pays qui se meurt, sous prétexte que l’économie locale est largement subordonnée àdes logiques qui la dépassent ? De nombreuses localités, en Europe comme partout ailleurs dans le monde, sont victimes de « déterritorialisation  » économique. Bien souvent, tout commence par la découverte d’une ressource locale, qu’elle soit humaine ou non, qui correspond àla demande économique du moment. Le territoire se développe, s’enrichit - même si les ressources générées ne sont pas équitablement partagées -, et construit son existence autour de la demande externe. Puis il arrive qu’il ne soit plus jugé assez compétitif ou intéressant pour la logique économique, et c’est tout le petit monde mis en place qui s’écroule. À l’autre extrême, certains acteurs locaux misent sur un territoire autonome, dont la municipalité, le département, la région, le district... constituent les vrais niveaux de décision économique et culturel.

On peut voir la réalité locale différemment : une perpétuelle recherche d’équilibre entre les potentialités, les richesses et la force d’un territoire d’un côté et la logique mondiale et ses altérations sans nuance de l’autre ; entre les idées venues du niveau local (organisations de citoyens, syndicats, associations, municipalité, élus locaux...) et les inévitables restructurations imposées du haut, par le gouvernement pris dans sa logique d’adaptation àla mondialisation. La réalité locale, cela peut être encore la prise de conscience par les acteurs locaux des règles du jeu. Entre le local et le mondial, il existe forcément des marges de manuvre qu’il est nécessaire d’utiliser pour négocier le développement, voire la survie du territoire menacé.

Dans cette optique, les initiatives locales ont un sens et peuvent réussir. Mieux, la mondialisation constitue une chance. Jamais auparavant, on n’avait assisté àune telle redécouverte des particularismes et des initiatives locales, qui deviennent voies de développement, d’épanouissement et de stratégies àpart entière. Les espaces locaux, nouvellement créés, sans passé commun ni racines, n’en sont pas exclus. Dès lors qu’une population a conscience de partager une identité et des intérêts, elle se transforme en un territoire, et le « je  » des interventions devient le « nous  » des actions. Mais l’absence d’enracinement de certains jeunes, la perte des traditions et des repères que détenaient autrefois un quartier, une communauté ou même une région, le rejet des modes de participation politique classiques, tout cela amène àréfléchir sur la force de l’espace local comme agent de développement et générateur d’élan.

Mai 1997



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