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Travaillé au corps sur le chemin de la profondeur par Père Benoit Billot
Travaillé au corps sur le chemin de la profondeur par Père Benoit Billot

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Donne moi la sagesse

La Sagesse, c’est ce qui donne du goà»t àla vie. Notre vie peut être terriblement fade et ennuyeuse, comme un plat de nouilles sans assaisonnement. Ou au contraire plein de sel et de joie si elle est inspirée par la sagesse.

Par Père Benoit Billot

Exposé de BENOIT BILLOT au point d’orgue le 11octobre 1997

Il ne s’agit pas de la sagesse de l’enfant trop sage que j’ai été. Par expérience, je sais que cette sagesse extérieure cache bien des difficultés. Il s’agit de la Sagesse dont le nom latin, Sapientia, vient du verbe Sapere, goà»ter. Sagesse, saveur ; voilàdes mots de même tonalité. Car la Sagesse, c’est ce qui donne du goà»t àla vie. Notre vie peut être terriblement fade et ennuyeuse, comme un plat de nouilles sans assaisonnement. Ou au contraire plein de sel et de joie si elle est inspirée par la sagesse.

Une première sagesse est la sagesse humaine, la sagesse de l’existentiel, la bonne gestion de la vie. Saint Benoît conseille qu’on choisisse comme supérieur de communauté quelqu’un qui ne soit pas anxieux, "sinon il n’aura jamais de repos". Voilàla sagesse de l’existentiel, sagesse d’équilibre. Elle est nécessaire mais ne suffira pas.

Car la vraie Sagesse (je la gratifie d’une majuscule) complète la première comme la verticale complète l’horizontale. C’est la Sagesse de l’Etre. Tout humain ressent un, appel profond vers cette Sagesse, et le livre biblique de la Sagesse enseigne qu’il faut la demander àl’Eternel : "Donne moi la Sagesse qui vient d’auprès de Toi.

Sophia !

Un jour, en Allemagne, je parlais (en allemand) àma thérapeute qui m’expliquait quelque chose que je ne comprenais pas. Elle revenait sur un mot qui restait hermétique quelque chose comme Zovia. Agacée, elle me dit alors : " Mais enfin !, c’est la femme de Dieu !". Ah ! bien sà»r ! Il s’agissait de Sophia, la sagesse. Mon interlocutrice faisait allusion àce passage du livre de la Sagesse où celle-ci est représentée assise àla droite du Très Haut, son épouse chérie, réalisatrice de la pensée divine.

Cette sagesse, lorsqu’elle intervient dans une existence, bouleverse. Le coeur qui la reçoit acquiert en même temps une nouvelle façon de voir, comme s’il considérait la vie pour la première fois. C’est pourquoi elle fait peur et beaucoup reculent. C’est pourquoi aussi elle apparaît comme une folie en comparaison de la première sagesse. Mais les chrétiens qui l’accueillent y reconnaissent la présence du Christ lui-même. Saint Paul l’exprime avec beaucoup de force : *Nous proclamons le Christ puissance de Dieu et Sagesse de Dieu. Car ce qui est folie de Dieu est plus sage que les hommes".

Prendre soin de l’Être

Le thème central de cette sagesse est : prendre soin de l’Etre (expression due àJean Yves Leloup). L’homme est appelé àprendre conscience de cette ouverture possible au fond de lui-même, de cette autre dimension que celle àlaquelle peuvent accéder son intelligence, sa compréhension, sa volonté. Il ressent son existence infiniment plus vaste et profonde que ce il avait d’abord cru. Et habitée de l’intérieur par une présence mystérieuse qui accompagne sa vie.

C’est un trésor très précieux. Des centaines de millions d’hommes cherchent désespérément àrejoindre cette dimension mais n’y parviennent pas, soit parce qu’ils n’ont pas suffisamment de détermination pour passer outre leurs propres réticences, soit parce qu’àcause d’une sorte de grand malheur culturel, ils ne trouvent pas autour d’eux les moyens et les personnes qui leur permettraient d’entrer en possession de leur bien. Or, pour cela, il faut du temps, de l’espace intérieur, et entrer dans un chemin de Transformation.

Du temps...

Pensons au shabbat des Juifs, pensons àtous ceux qui consacrent chaque jour du temps àla méditation, et àla prière. Il faut du temps pour prendre soin de l’Etre. Une sagesse de l’emploi du temps, pour se consacrer àl’écoute de l’essentiel, sans lequel rien ne subsiste !

... de l’espace,

Trop faire est un obstacle. Trop faire, même des choses admirables dont ; peut-être beaucoup nous sont reconnaissants. Car trop faire détourne de la conscience de l’Etre. Trop de rencontres, trop d’activités, trop de projets finissent par encombrer l’intériorité et rendre sourd àla voix de l’Etre.. Il faut donc faire de la place, laisser dégagé un espace intérieur et donc trouver une sagesse de la Vacuité. Evidemment, ceci ne signifie pas qu’il faille supprimer tout engagement, toute responsabilité : dans la Sagesse, il y a beaucoup de réalisme et d’équilibre.

Entrer dans un chemin de transformation

Et d’abord se considérer soi-même positivement : chaque homme est un cadeau qui a été fait àlui-même par les Sources de la Vie. Un cadeau àfaire fructifier et non àranger sur une étagère. C’est la grande parabole évangélique des talents. Car il y a tout dans l’humain, tous les contraires. Il est àla fois fils et père, femme et homme, vierge et prostituée, vieillard et enfant saint et fripouille... Prenez tous les couples d’opposés qui vous viennent àl’esprit : ils habitent en vous. Mais il se trouve que la vie amène àpréférer l’un des deux termes de l’opposition et àlaisser l’autre en friche. Et c’est làque se situe un des grands travaux de la sagesse : laisser vivre cette part de soi-même qui reste dans l’ombre, l’amener àla lumière, lui donner sa place, pour que cette immensité des potentialités qui habitent chaque être humain soit reconnue. Bien entendu, un accompagnement personnalisé est fréquemment nécessaire pour permettre àce travail de se développer.

Esprit Saint, le Souffle divin, ne cesse d’être àl’oeuvre chez celui qui accepte de grandir ainsi dans son humanité, c’est même lui le premier accompagnateur. Il se présente, de multiples façons, àtravers les événements, des rencontres, et parfois dans des moments de détresse, les occasions qui permettent d’accueillir tous ces éléments de la personnalité et de les laisser s’ordonner autour du centre de l’Etre.

Enfin, ce chemin de transformation va permettre d’aborder la zone des tempêtes, les conflits, les émotions, les blocages dus àdes souvenirs douloureux... La Sagesse ouvre ses yeux compatissants sur ces réalités douloureuses et les met en communication avec l’Etre. L’apaisement comme un cadeau, s’affirme peu àpeu. Bien entendu, il est si bon de pardonner aux autres. Mais il est encore meilleur de se pardonner àsoi-même d’être ce qu’on est. C’est un des plus beaux fruits de la Sagesse que de pouvoir "habiter avec soi-même".

LA MAISON DE TOBIE

Octobre 1997








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