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Patrick Shan

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> Intégration > Société > Développement local et durable


Monde poubelle ou nature plus belle ? Les dures lois de l’interdépendance

Dans son ignorance, l’homme accuse toujours la nature de ses souffrances provoquées par les tempête, inondations, tremblements de terre auxquelles s’ajoutent les catastrophes écologiques. Mais la main de l’homme n’est pas étrangère àces crises d’humeur de notre planète.

Par Patrick Shan

An 2000... Comme prévu, les hommes ont fait la fête. Malgré les tremblements de terre et les tempêtes, malgré les marées noires pétrolières et les nuits blanches informatiques, en dépit des conflits qui continuent tout autour du globe, on s’est embrassé, en se souhaitant bonheur, santé, et courage dans l’adversité. Quelle adversité ? Bien sà»r, et en premier lieu, celle d’une nature hostile, qui semble s’être acharnée ces derniers temps àdétruire vies humaines, arbres, maisons, pétroliers et pylônes électriques. Dans ses voeux de nouvel an, un présentateur météo a formulé un voeu touchant : "que la terre écoute enfin les prières des hommes.

Voilàun point de vue très humain. Trop humain. Car il faut être sourd pour ne pas entendre le message que la terre elle-même vient de nous crier, imploration silencieuse àdes enfants terribles qui ne cessent de réchauffer son atmosphère, d’épuiser ses ressources et de polluer sa surface. Il faut être aveugle pour ne pas lire dans le marc de pétrole déposé sur ses côtes, la menace que fait peser l’espèce humaine sur toutes les autres formes de vie. Il faut être frappé d’amnésie pour ne pas établir de parallèle flagrant entre l’aventure industrielle de ce siècle, et des phénomènes climatiques plus exceptionnels " chaque année. Simple effet d’une sur-médiatisation, diront certains. Ceux-làn’ont sans doute pas perdu leur maison dans l’ouragan, ni trouvé de crevettes tropicales dans les filets de pêche des marins bretons... Oui, l’humanité commence àsubir des revers de la part de la nature. Mais àqui la faute ? Qui doit prier qui ?

Prière pour une planète en péril

Connaissez-vous l’histoire de ce cultivateur rendu aveugle par une giclée de pesticide qui lui était revenue dans les yeux alors qu’il l’épandait dans son champ ? A chaque fois qu’il se souvenait de cet accident, sa conclusion était : " saleté de vent  »… Coquin de sort, sans doute. Mais drôle de drame, aussi, que celui d’une espèce qui empoisonne l’air qu’elle respire, l’eau qu’elle boit, la terre qui la nourrit, et qui vient ensuite se plaindre du temps qu’il fait ! Nous sommes en train de couler lentement le bateau qui nous porte, et nous nous étonnons que le niveau des eaux monte. Nous faisons la chasse au bogue informatique, mais (et parce que) nous n’avons jamais su traiter le bogue humain. Cette fin d’année a été dure pour tous. Mais àtravers le sifflement du vent, le craquement du bois, le déferlement des vagues et le cri des oiseaux englués, en tendant l’oreille, voici ce que l’on aurait peut-être pu entendre

« S’il vous plaît, cessez de me faire du mal, en croyant vous faire du bien. Ce que vous me faites, vous le faites àvous-mêmes. Ce sont de vos blessures àma surface que naissent vos maladies. N’oubliez pas que vous êtes mes enfants, et qu’un enfant ne survit pas longtemps si sa mère est malade.  »

« Cessez de vous faire du mal entre vous, si vous le pouvez. Je sais que les enfants n’ont pas tous le même caractère, mais n’oubliez pas que vous êtes une même famille, embarquée sur un fragile rocher bleu flottant dans l’espace. Enfin, cessez de jouer avec la vie. Au lieu de chercher àla manipuler ou la prolonger àtout prix, entretenez-la simplement, comme je vous entretiens. Sachez que la vie ne vous appartient pas, c’est vous qui lui appartenez. Rappelez vous plutôt d’où vous venez, et où vous retournerez, Comprenez que toutes choses se tiennent, et que toute forme de vie est sacrée.

Ecoutez ma prière, et regardez un peu mieux comment les choses se passent. Vous verrez que je ne suis pas hostile, et que mes réactions ne sont que les fruits de vos actes. "

Le message des anciens

Ce message du vent, les sages africains, amérindiens, tibétains, australiens l’ont depuis longtemps entendu, et répété. En vain. Leurs forêts luxuriantes sont devenues des coupes àblanc, leurs vastes prairies, des champs de monoculture stérile, leurs cimes immaculées, des carrières àciel ouvert, leurs océans généreux, des dépotoirs. Nous avons oublié que la terre est une créature vivante, qu’elle est notre mère, et que nous lui avons infligé bien des souffrances. Elle ne nous a jamais trahi. Ce serait ànous de lui demander pardon, et de changer nos mauvaises habitudes avant qu’il ne soit trop tard. A moins qu’il ne soit trop tard ? L’homme blanc, l’homme termite, comme le nomment certaines peuplades, a bâti sa prospérité sur l’accaparement des biens des autres peuples et sur la ruine de la création. Tant que les sécheresses, les inondations les tornades et les famines sévissaient au loin, sur des terres par lui déjàdésertifiées, il n’en avait cure. Maintenant que l’Europe a connu une grave crise d’hémiplégie, et que sa propre famille se retrouve les pieds dans l’eau et la bougie àla main, peut-être va-t-il prendre conscience, et commencer àse poser les bonnes questions. Et, avec tout le génie dont il est capable, trouver une meilleure réponse que "Saleté de vent"...

Patrick Shan

Directeur du CEDRE (Collectif d’Etude, de Développement et de Recherche en Ethnomédecine)  : aucun lien de parenté avec l’organisme du même sigle et récemment chargé de l’étude de la pollution maritime.

Février 2000



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