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Guadalupe Nettel

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Le Yi King, un oracle de l’impermanence

Ce livre est un oracle de divination qui, àpremière vue, enferme un paradoxe : comment pourrait-on deviner l’avenir et au même temps affirmer la nature impermanente de toute chose ?

Par Guadalupe Nettel

Peu de livres orientaux ont suscité une passion en Occident aussi grande que le Yi King. Cependant beaucoup le considèrent encore un livre farfelu et cryptique dont la cohérence est indéchiffrable. Ce livre appelé aussi le classique des changements et des mutations est un oracle de divination qui, àpremière vue, enferme un paradoxe : comment pourrait-on deviner l’avenir et au même temps affirmer la nature impermanente de toute chose ? Cette apparente contradiction constitue un des aspects les plus fascinants de l’ouvrage.

La légende dit que les trigrammes qui sont àla base de ce texte ont été trouvés par Fu Xi (au XXIVe siècle a.c.) sur la carapace d’une tortue.. Ces diagrammes sont composés de deux tipes de traits (plein et brisé). Avec lui, rien n’est encore écrit àproprement parler mais le système de figures sur lequel reposera tout le livre se trouve déjàdéfinitivement mis en place.

Une seconde étape est attribuée au roi Wen Wang le fondateur de la dynastie des Zhou au XIe siècle avant notre ère qui, pendant un séjour en prison, aurait formé les héxagrammes et composé àleur propos des premiers “jugements” enrichis en suite par les commentaires de son fils, le duc de Zhou. Cette nouvelle lignée fait de ce qui au départ n’était qu’une méthode de divination, le support d’une interprétation du monde et confère au livre sa dimension morale.

Finalement, on attribue les derniers commentaires àConfucius, au tournant du V siècle avant notre ère d’avoir achevé l’ouvrage même s’il àété prouvé que certains des traités datent de bien après sa mort.

Lors de l’avènement de l’empire, alors que tous les textes fondateurs ont été brà»lés par cette nouvelle dynastie jalouse d’une tradition qui ne lui appartenait pas, le Yi King connaît un sort exceptionnel qui ne fait que renforcer son mythe. Considéré comme un simple manuel de divination et donc un “livre àdestination pratique” il échappe aux flammes du bà»cher. Ainsi le Yi King où le livre des changements aurait été le seul parmi les textes fondateurs qui àsurvécu àla censure.

Réagissant contre un commentaire qui lui paraissait trop mécanique, un des plus grands génies de la philosophie chinoise, Wang Bi, au IIIe siècle de notre ère, souligne le sens qui est au-delàdes images. Dès lors, le commentaire du Yi King oscille entre ces deux tendances : l’une technique et numérologique et l’autre se voulant plus philosophique. Sous les Song, àpartir du XIe siècle de notre ère, les penseurs “néo-confucéens” renouvellent encore la façon d’interpréter l’oracle et l’utilisent comme pièce clé de tout leur système de pensée.

Pourquoi le livre des mutations ? Le Yi King est basé sur le principe que toutes les choses dans l’univers changent perpétuellement dans un cycle sans fin. Rien ne s’en va qui ne revienne. Tout ce qui attend son apogée connaît un déclin. Mais après chaque fin il y a un début. Les lois universelles exemplifiées par les trigrammes et les héxagrammes doivent servir de modèle pour les activités humaines. Le but de ce livre n’est pas de transmettre un message spécifique sauf l’énorme quantité de possibilités qui entourent une situation donnée. Au point de vue de la transcendance soutenu par la majorité des oracles, il oppose celui de l’immanence d’où procède tout le devenir.

La série d’hexagrames qui constituent le livre représente, aux yeux des chinois, une écriture àla fois plus simple et plus en prise directe sur le dynamisme cosmique. À la différence des idéogrammes, les héxagrammes ne représentent pas un sens mais les éléments d’une matrice. Grâce àce tracé élémentaire, le Yi King nous explique la nature sous une forme logique et comparable a celle des événements de la vie humaine.

Jusqu’àmaintenant nous n’avons fait que rappeler les grand traits de l’histoire de ce livre, prochainement nous parlerons en détail des façons dont peut être consulté l’oracle et de ce que les héxagrammes représentent.

Février 2001








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