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Fabrice Midal

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> Bouddhisme > Entretiens


La fulgurante épopée des Karmapas : entretien avec Francesca Yvonne Caroutch

A l’occasion de la parution de son livre, " La fulgurante épopée des Karmapas, Francesca Yvonne Caroutch s’entretient avec BuddhaLine àpropos du Karmapa.

Par Fabrice Midal

– Pour commencer, je voudrais vous poser une question personnelle, pourquoi avez-vous décidé d’écrire un livre sur le Karmapa ?

Francesca Yvonne Caroutch : La première rencontre avec lui en 1975 a été pour moi décisive. Je n’avais encore jamais entendu parler de lui et j’ai assisté àla cérémonie de la coiffe noire.

– Qu’est-ce que cette cérémonie ?

Francesca Yvonne Caroutch : C’est une cérémonie unique. Après une longue requête, les moines jouent des trompes longues accompagnées d’autres instruments de musique et le Karmapa arrive. Une fois qu’il s’est assis sur son trône, il saisit très délicatement une coiffe noire que lui seul a le droit de toucher. Il la porte sur la tête, le temps de dire cent dix fois le rosaire de Tchenrézi, le bouddha de la compassion. Il récite ce mantra en tenant un mala ou rosaire en cristal qui ne sert, lui aussi, qu’àcette occasion.

Pendant tout le temps de la cérémonie, il tient la coiffe dans sa main. Une légende veut que s’il ne la tenait pas elle risquerait de s’envoler.

On raconte en effet, qu’àl’origine, la coiffe fut faite par les dakinis. Elle était invisible et ne pouvait être vue que par des êtres réalisés. Cependant, le disciple du Ve Karmapa, l’empereur de Chine Ming Yung-lo vit la coiffe. Éprouvant un profond respect pour son maître, il lui donna le titre d’enseignant impérial et lui fit cadeau d’une réplique visible de la Coiffe Noire.

– Pouvez-vous rappeler ce que sont les dakinis ?

Francesca Yvonne Caroutch : Ce sont les messagères de l’éveil, on dit parfois, en Occident, que ce sont des fées. Ce sont des femmes ailées très belles qui dansent dans le ciel et peuvent ou non être bénéfiques. La coiffe aurait été réalisée avec la chevelure de cent milles dakinis.

– Que s’est-il passé pour vous lorsque vous avez vu cette cérémonie ?

Francesca Yvonne Caroutch : Lorsque le Karmapa met la coiffe, il est Tchenrézi, la déité de la compassion universelle. Il enseigne par sa seule présence, sans avoir besoin de parler. Vous savez qu’il y a plusieurs manières traditionnelles d’enseigner. La plus haute est d’esprit àesprit comme le fait le Karmapa àcette occasion. On peut aussi enseigner par symboles, et signes, avec les mudras et les mandalas, et enfin par les paroles.

Quand j’ai assisté àcette cérémonie, le ciel s’est déchiré en deux et ma vie en a été changée.

– En quel sens votre vie a-t-elle été changée par cette rencontre avec le Karmapa ?

Francesca Yvonne Caroutch : J’ai pris refuge et je me suis mis àlire et étudier les enseignements bouddhistes. Je n’ai jamais plus cessé de me sentir liée au Karmapa. J’ai donc décidé de me rendre àRumtek, au Sikkim, pour la cérémonie de crémation en décembre 1981.

À la suite de ces cérémonies, je devais écrire quelques articles. Mais cela avait été une expérience si bouleversante que j’en ai écrit un livre, Renaissance Tibétaine, publié en 1982.

– Que signifiait le titre ?

Francesca Yvonne Caroutch : Renaissance du bouddhisme tibétain menacé par les chinois dans le monde entier, renaissance du bouddhisme au Tibet même et renaissance attendue du Karmapa.

Le livre qui va être publié contiendra dans une première partie, une reprise actualisée de cet ouvrage depuis longtemps épuisé, et la seconde partie est consacrée àla vie du XVIIe Karmapa jusqu’àson évasion.

– Pourquoi la figure du Karmapa est-elle àce point importante dans le monde bouddhiste et est àce point médiatisée aujourd’hui.

Francesca Yvonne Caroutch : Son évasion a beaucoup contribué àl’intérêt que les médias ont porté àcet enfant qui a dà» fuir dans des conditions dramatiques le joug chinois qui l’empêchait d’accomplir sa mission.

Mais le plus important est qu’il fait connaître le bouddhisme dans le monde entier. Je pense qu’il va pouvoir épauler le Dalaï-Lama tant sur un plan religieux que sur un plan politique. Nombreux sont ceux qui pensent qu’il aura un rôle important àjouer dans le futur.

– Avez vous des idées plus précises sur le rôle qu’il devra jouer ?

Francesca Yvonne Caroutch : Non, et les tibétains sont très discrets sur ce point. Le Karmapa lui-même a expliqué qu’il n’était pas làpour faire de la politique. Son nom signifie “ l’activité éveillée de tous les bouddhas ”, c’est en ce sens que sa sortie du Tibet est un immense espoir.

Tous les Karmapas naissent éveillés. Ils manifestent l’éveil d’une manière si éclatante, qu’ils peuvent le transmettre àtous ceux qui les rencontrent. Ils communiquent quelque chose d’ineffable, que les choses n’ont pas d’origine et que tout se trouve dans la vacuité et l’amour universel. Sans avoir besoin de parler, de leur seule présence émane une immense allégresse.

– Est-ce que le dix-septième Karmapa a déjàdonné la cérémonie de la coiffe noire ?

Francesca Yvonne Caroutch : Non, car la coiffe noire est gardée au monastère de Rumtek au Sikkim. Avant son évasion, il n’avait pas été autorisé às’y rendre. Il était gardé prisonnier par les chinois qui ne le laissaient pas sortir de son monastère.

Il pourrait cependant la donner. Le XVIe Karmapa l’avait donné àsept ans. Le XVIIe et actuel Karmapa qui a quinze ans pourraient donc tout àfait la donner.

Une des choses les plus bouleversantes pour tant d’occidentaux aujourd’hui, c’est de voir nos maîtres revenir nous enseigner. Ces enfants montrent une telle maturité. Je reconnais en lui, ce que j’avais éprouvé pour sa précédente incarnation.

– Le Karmapa s’est échappé dans des conditions très impressionnantes du Tibet, faisant croire qu’il partait pour quelques jours en retraite, il s’est enfui àpied en Inde. N’est-il pas libre aujourd’hui ?

Francesca Yvonne Caroutch : Il est en résidence surveillée, àGyuto. La situation est préférable àcelle du Tibet car il peut rencontrer son maître Taï Situ Rinpotché. Depuis deux ans, il n’avait pas pu le voir. Les chinois avait accepté de le laisser deux mois par an rencontrer son maître, mais ils n’ont jamais tenu leur promesse. Au début Tai Situpa eut le droit de lui rendre visite en 1992 et 1993, mais il n’a plus été autorisé àrecevoir de visa par la suite. Si bien que le Karmapa a été séparé àpartir de 1994 de son maître. Telle est l’une des raisons principales de sa fuite du Tibet. Par ce geste, il a aussi montré au monde entier qu’il n’y a pas de liberté religieuse au Tibet contrairement àce que prétendent les chinois.

– Pourquoi ne peut-il pas circuler librement ?

Francesca Yvonne Caroutch : Il y a de nombreux problèmes politiques entre la Chine et l’Inde. Les problèmes des frontières ne sont pas résolus. Le Karmapa est assigné àrésidence. Il a eu cependant le droit de se rendre àDharamsala et rencontrer àplusieurs reprises le Dalaï-Lama.

– Quels sont les liens entre le Karmapa et le Dalaï-Lama ?

Francesca Yvonne Caroutch : Ils sont très proches. Le Dalaï-Lama a dit àplusieurs reprises àquel point c’est un être formidable. Depuis quelques générations déjàles Dalaï-Lamas et les Karmapas ont eu d’excellentes relations. C’est le XIIIe Dalaï-Lama qui a ordonné le XVIe Karmapa qui devait avoir une dizaine d’années. Lorsque l’actuel Dalaï-Lama avait quatre ou cinq ans, il allait jouer avec le XVIe Karmapa qui avait dix ans de plus que lui. La mère du Dalaï-Lama avait tout particulièrement pris en affection le Karmapa. Mais dans la situation actuelle leur amitié a un sens très important. Il manifeste le rapprochement des différentes lignées qui tient tant au cœur de l’actuel Dalaï-Lama et qui est un gage d’espérance pour l’avenir.

Francesca Y Caroutch, La fulgurante épopée des Karmapas, Les enfants de l’éveil, Dervy, 2000

Septembre 2000








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