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> Bouddhisme > Portraits


Interview d’Ayyaa Upekkhaa

Le vie d’une nonne française résidant àAmaraavatii

Par Michel Henri Dufour

Question :

Pourquoi avez-vous choisi l’ordination monastique ?

Réponse :

J’étais en recherche spirituelle et pour moi ce fut tout naturellement l’étape suivante. Tout d’abord j’ai vécu dans une communauté monastique avec quelques amis spirituels, puis, petit àpetit, j’ai découvert la valeur de cette sorte de discipline.

Q. :

Quels sont les problèmes que vous avez rencontrés àvotre arrivée ici ?

R. :

Le problème problème fut la barrière de la langue. Le second fut d’apprendre àvivre dans un système hiérarchique, non pas dans une relation maître-disciple mais sous l’autorité de personnes avec lesquelles je n’avais pas choisi de vivre. En fait c’est la raison pour laquelle j’ai opté pour l’ordination, pour travailler avec mes peurs, telles que la peur de l’autorité. Me trouver dans cette sorte de cadre était exactement ce qui convenait pour effectuer ce travail.

Q. :

Quelles sont les opportunités que vous offrez pour témoigner de la voie du samana dans notre monde moderne ?

R. :

Partager notre mode de vie, enseigner, conserver la tradition d’aller recueillir la nourriture dans les villages environnants, et soutenir le monastère àtravers notre propre engagement dans la pratique.

Q. :

Votre choix est de pratiquer au sein d’une tradition bien spécifique, l’école de forêt. Pensez-vous que cette voie ait quelque chose d’important àoffrir aujourd’hui, considérant l’attirance de pratiques plus sentimentales ? Quelle est votre appréciation de la tradition de forêt ?

R. :

Oui, cette voie a beaucoup àoffrir car c’est une très forte affirmation de valeurs représentées par une forme totalement hors contexte dans le monde d’aujourd’hui. Elle est un défi pour tous ceux qui nous voient le crâne rasé et en vêtements monastiques, dans une position tellement vulnérable. Elle les force àvéritablement contempler la manière dont ils vivent et àla remettre en question. Et également comprendre qu’il existe une autre réalité, tout spécialement pour les femmes. C’est pourquoi j’aime cette tradition, parce qu’elle renferme quelque chose d’unique, quelque chose de très puissant pour les femmes àutiliser pour leur propre éveil.

Q. :

En tant que membre de la tradition de forêt vous devez être habitué àvoyager beaucoup. Mis àpart le fait de garder le contact avec les autres membres de la Sa“ngha, quel est le but de voyager, dans cette voie de pratique ?

R. : En fait nous ne voyageons pas énormément excepté lorsque nous sommes invités àenseigner. Pour le moment notre communauté est récente et relativement petite. Nous mettons l’accent sur la construction de la communauté spirituelle et la maturation de notre pratique. Nous serons ainsi, plus tard, en meilleure position pour accepter les nombreuses invitations àenseigner que pour le moment nous ne pouvons satisfaire.

Q. :

Dans certains milieux (même au sein de groupes "bouddhistes") il est fréquent de dénigrer la vie monastique, au point parfois d’ignorer presque totalement le troisième Refuge. En quoi la vie du bhikkhu (ou de la bhikkhunii) est-elle importante pour nous àcontempler ?

R. :

Selon moi ceux qui dénigrent la vie monastique ne comprennent pas réellement sa valeur. C’est un chemin d’engagement spirituel beaucoup plus important. Cela ne veut pas dire que les laïcs soient incapables de le suivre mais, en raison de leurs multiples engagements très différents, ils ne peuvent se consacrer totalement au développement spirituel.

La forme monastique sert de dépositaire des purs enseignements. De cette manière, les membres de la Sa“ngha, ayant renoncé àla vie mondaine, sont capables d’offrir aux laïcs un soutien et un encouragement fondés sur leur propre effort ininterrompu et les fruits de leur pratique.

Q. :

La tendance moderne (mais est-elle si "moderne" en fait ?) chez certaines personnes ordonnées est de rejeter des règles spécifiques. Pensez-vous que ce soit une attitude saine ?

R. :

Nous devons être très prudents concernant la façon dont nous utilisons les règles. Nous sommes les gardiens d’une ancienne et très précieuse tradition qui doit être respectée profondément dans son intégrité. Même si certaines règles ne sont pas applicables, nous pouvons néanmoins les respecter et pratiquer avec sagesse et non pas nécessairement d’une façon rigide. Les rituels et les cérémonies ont également un rôle àjouer, ils apportent une certaine beauté et offrent au coeur une dévotion qu’il n’est pas nécessaire d’expliquer rationnellement.

Aussi nous devons être très prudents de ne pas choisir dans la tradition uniquement ce que nous aimons, en nous fondant sur nos vues et opinions ou par commodité, et ignorer tout le reste. Il y a sinon le danger de "jeter le bébé avec l’eau du bain".

Q. :

Que pensez-vous de la sécularisation du bouddhisme (qui n’est pas nouveau en Asie mais représente un problème croissant en France où les communautés bouddhiques recherche le soutien de l’État) ?

R. :

Je ne connaît pas la situation actuelle en France, mais dans notre tradition il n’est pas question d’agir en ce sens, c’est-à-dire rechercher le soutien de l’État (mis àpart le fait que nous avons, en tant que communauté monastique, le statut d’ "oeuvre de bienfaisance" dà»ment enregistrée, ce qui nous donne certains avantages fiscaux).

Il y a àceci une raison très importante : nous devons demeurer dépendants de la communauté laïque et non de l’État. Dans le cas contraire il ne nous est plus possible de pratiquer en tant que véritables "mendiants" car si les laïcs n’ont plus de relation de soutien vis-à-vis de la Sa“ngha il ne dépendront plus de nous pour les Enseignements. Ceci est la véritable relation réciproque établie par le Bouddha afin de rendre la communauté monastique responsable auprès de ceux qui la soutiennent.



Association Bouddhique Theravâda
c/o Michel Henri Dufour, 22 rue de la Grange Aubel, 71000 SANCÉ -
Tél. : 03 85 20 14 42


http://perso.club-internet.fr/mhd-abt/vivekarama





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