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> Bouddhisme > Enseignements


Ecoute, réflexion et méditation

L’écoute est une ouverture au cours de laquelle on abandonne nos préjugés qui vont établir en notre esprit de la réticence ou trop d’enthousiasme ou encore de l’indifférence

Par Lama Shérab Namdreul

Écoute, réflexion et méditation

L’enseignement du Bouddha (le Dharma) est très vaste et très profond. Très vaste, car il s’adresse àtous les êtres, en fonction de l’intelligence de chacun ; très profond, car il s’applique ànos comportements les plus élémentaires pour aller jusqu’au plus subtil fonctionnement de notre esprit.

Aussi est-il nécessaire que le Dharma soit exposé d’une façon graduelle et ordonnée afin de s’éviter tout vagabondage qui pourrait mènerait au découragement, àl’ennui ou encore àla mystification. En s’appliquant àune étude graduelle et àdes instructions orales appropriées, il est certain que notre réflexion et notre pratique seront efficaces et fructueuses.

Il existe un très grand nombre d’enseignements dans la tradition bouddhique et aussi dans toutes les autres traditions de ce monde. Quel que soit l’enseignement qui nous semble convenir, il est nécessaire de s’appliquer àl’écoute, àla réflexion et àla méditation de ce qui nous est transmis.

Écoute

L’écoute est une ouverture au cours de laquelle on met de côté nos préjugés pour éviter que s’élève en notre esprit de la réticence ou trop d’enthousiasme ou encore de l’indifférence. On écoute avec attention les mots et surtout le sens des mots qu’emploie l’instructeur. On n’écoute pas dans l’attitude de l’adepte fasciné par le " charisme " de l’instructeur. Si nous avons l’espoir que l’enseignement sera suffisamment explicatif et convaincant et qu’on s’en remet àla réputation de l’enseignant pour qu’il n’y ait qu’àentendre et qu’une grâce divine fasse le reste, notre écoute risque de ne rien garder du sens. Pour être un auditeur averti, nous devrions avoir déjàdéfini nos besoins, nos aspirations et nos exigences spirituelles. C’est un préalable tout aussi applicable ànotre quotidien et dans tous les domaines des sens ; écouter, regarder, sentir, savourer, toucher voire même penser. L’écoute constitue une sagesse en soi.

Réflexion

La réflexion fait intervenir notre intelligence. Son objet est le sens des mots que nous avons écouté. La réflexion mène àbien notre raisonnement sur un thème précis. Elle permet également de prendre en considération l’enseignement général au regard de notre situation personnelle et particulière, pour en déduire un sens certain et applicable. La réflexion permet d’évaluer notre aspiration et de nous positionner dans notre engagement. Dans ce cas, la réflexion ne laisse pas place àla mystification et àl’exotisme. La réflexion exige un effort du raisonnement. Un raisonnement ne peut être mené àbien que si nous avons le sens précis des mots de l’enseignement. Le sens est matière àréflexion et non pas le mot. Le mot seul est matière àopinion. D’où l’importance de l’écoute et de l’étude et des questions. On cesse de se plaindre de ne pas comprendre ce qui est dit ou écrit. On n’attend pas l’enseignement providentiel, le véridique livre révélé ou le super grand lama qui saura nous dire les choses. On n’attend pas de comprendre mais on s’applique àréfléchir sur ce que l’on a écouté ou étudié. Ne vous laissez pas convaincre par qui que ce soit et n’attendez pas que tout vous soit expliqué. Demandez que le sens des mots vous soit communiqué. Si votre réflexion soulève un doute, une remarque ou encore une contestation, ce n’est pas un problème. Poser vos questions àvotre enseignant qui se fera une joie d’en discuter avec vous. Ce n’est pas un manque de respect. On peut même dire que c’est une façon d’honorer l’enseignement. La certitude issue de la réflexion ne relève pas de la simple opinion ou d’une croyance et cette certitude ne risque pas de nous enfermer dans des convictions parce qu’elle procède d’un effort qui contrarie nos paresses. L’effort de la réflexion permet d’assouplir et de muscler notre intellect (tib. Lo) et d’en recouvrer toute la dextérité naturelle. Cette dextérité est utile pour méditer. Il ne s’agit pas d’adopter un enseignement en l’occurrence "bouddhiste" parce qu’il nous semble bien sympathique. Ecouter et réfléchir àun enseignement est par làmême une attitude "bouddhique", c’est àdire "éveillant". Il ne s’agit pas de devenir bouddhiste, il s’agit de s’éveiller et pour cela d’avoir tous les éléments en main. La réflexion constitue également une sagesse en soi.

Méditation

La méditation ne laisse place ni au doute ni aux concepts. Elle nécessite l’ouverture et l’intelligence que développent l’écoute et la réflexion pour finalement expérimenter par soi-même le sens de l’enseignement. Méditer consiste às’appliquer avec l’effort de la conscience et de faire "expérience directe". En résumé, l’entraînement àla méditation comporte deux volets : la stabilité et la contemplation (sct. samatha et vipassana) (cf. Le Flambeau de la libération). Par la méditation de samatha, l’effort de concentration place notre esprit dans l’état approprié àla contemplation des qualités inhérentes àl’esprit. Par l’absorption méditative, ces qualités réintègrent l’espace qui s’aménage àcet instant. Il y a une grande différence entre faire des expériences de méditations et actualiser ces qualités en même l’esprit. Les instructions de samatha font appel àune discipline et àune rigueur. En s’y consacrant correctement et sobrement nous éviterons toutes les mystifications qui entourent le mot méditation. Nous n’aurons aucune difficulté dans une voie spirituelle car nous aurons acquis des valeurs sà»res de l’esprit ; joie, confiance, souplesse, plaisir... Les instructions précises de vipassana permettent de faire usage du discernement et de la souplesse. En s’y appliquant intelligemment on actualise la nature ultime de l’esprit. Par samatha on s’établit dans une stabilité équanime qui permet une contemplation (vipassana) avec un discernement lucide. L’union de samatha et vipassana est la sagesse même.

La vertu de l’écoute nourrit la vue juste
La vertu de l’analyse nourrit l’intuition
La vertu de la contemplation nourrit l’expérience

S’il y a écoute, il y a enseignement.
S’il y a enseignement il y a matière àréfléchir.
S’il y a matière àréfléchir il y a fruit àméditer.

Ne vous en remettez pas àl’enseignant, mais àvotre écoute, réflexion et méditation. C’est le meilleur moyen de rendre hommage àl’enseignant.



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