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> Bouddhisme > Enseignements


Mahâprajnâpâramitâ

Par Houei Neng

« Qu’appelle-t-on Prajnâ ? La connaissance. Constamment pratiquer la connaissance sans un seul instant d’ignorance, c’est ce qu’on appelle « pratique de prajnâ  ». Un instant d’ignorance interrompt la prajnâ ; un instant de sagesse la suscite. Je dirais que mon exercice de la prajnâ n’a aucune forme et que la connaissance, c’est mon essence.

Que signifie pâramitâ . Par ignorance, l’homme se méprend et ne voit pas la prajnâ – c’est pour cela qu’il ne fait qu’en parler. Pâramitâ peut se traduire par « transcendant  » et signifie « libre de la production et de la destruction  », car production et destruction n’existent que lorsqu’il y a attachement àl’existence réelle des objets.

Ces derniers sont comme des vagues sur l’eau ; la conscience se tient sur la rive. Si elle se détache des objets, il n’est plus pour ceux-ci de production ni de destruction ni de destruction. C’est comme si l’eau s’étirait en un seul flux : la conscience s’est transcendée – en sanskrit : pâram-itâ.

Les égarés ne font que réciter, les sages pratiquent avec l’esprit. A l’instant même de la pensée, il y a illusion, et du fait même qu’il y a illusion, ce qu’il y a n’est pas réel. La pratique poursuivie d’instant en instant porte le nom d’ « existence réelle  ». Qui comprend ce point comprend la méthode de prajnâ et s’exerce àla pratique de prajnâ. Qui ne s’y exerce pas est un être ordinaire, bien que, un seul instant se livrer àcette pratique, c’est en corps absolu le Bouddha.

La Mahâprajnâpâramitâ, mes amis, est ce qu’il y a de plus vénérable, de plus élevé – la première des choses, et elle ne se trouve nulle part, ne va nulle part et ne vient de nulle part. Les bouddhas des trois temps en jaillissent tous et, armés de cette grande connaissance, ils transcendent : pour détruire les cinq agrégats et les passions – ces souillures qui nous confondent.

La plus vénérable, la plus élevée, la première : chantons la louange de la Méthode du Véhicule Suprême et de sa pratique qui, pour sà»r, permet de devenir Bouddha. Elle ne nous quitte pas, ne se trouve pas en nous et ne viendra pas nous rejoindre, cette égalité du recueillement et de la connaissance ; elle ne souille aucun phénomène, et les Bouddhas des trois temps en jaillissent, transformant les trois poisons en discipline, recueillement et connaissance.  »

Traduit du chinois par Patrick Carré.
Le Soà»tra de l’Estrade du Sixième Patriarche Houei-neng (638-713).
Editions du Seuil, 1995



Kalyanamitra Fasheng
Une fenêtre sur le Dharma : textes fondamentaux du Ch’an et d’autres traditions de la Voie de Bouddha.


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