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Thanissaro Bhikkhu

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> Bouddhisme > Enseignements


La vie àl’hôpital du Bouddha

Par Thanissaro Bhikkhu

Mars 2002

Le Dhamma est comme la médecine. Vous pouvez le voir àla manière dont le Bouddha enseigne. Il commence avec les Quatre Nobles Vérités, qui ressemblent beaucoup àune analyse de la façon de soigner une maladie. Dans son cas, il offre un remède pour la maladie fondamentale de l’esprit : la souffrance qui provient du désir ardent et de l’ignorance. C’est ce que nous devons soigner. Donc, il analyse les symptômes de la maladie, la diagnostique, en explique les causes, débat de ce que l’on ressent lorsqu’on est libre de la maladie, et ensuite il montre le traitement qui mène àla fin de la maladie, àun état sain.

Il est important de garder ceci àl’esprit lorsque nous pratiquons ici ensemble : nous travaillons sur les maladies de notre propre esprit. Chacun de nous a des maladies. Et bien que les causes fondamentales de la maladie soient les mêmes : le désir ardent, l’ignorance, nos désirs ardents sont différents. Nos formes particulières d’ignorance sont également différentes. C’est la raison pour laquelle nous devons nous montrer indulgents les uns envers les autres, parce que des personnes différentes doivent suivre des traitements différents.

C’est comme aller àl’hôpital. À l’hôpital, tout le monde n’a pas la même maladie. Il y a des personnes qui ont le cancer, d’autres qui ont des maladies cardiaques, d’autres encore qui ont des maladies du foie. Il y a des gens qui sont malades parce qu’ils mangent trop, d’autres parce qu’ils mangent trop peu. Il y a toutes sortes de maladies différentes àl’hôpital. Et c’est la même chose ici, au monastère. Nous avons chacun nos propres maladies. Et ici, notre devoir consiste ànous occuper de nos propres maladies, sans attraper celles des autres — et en même temps, àne pas être contrariés lorsque quelqu’un prend un médicament différent du nôtre. Chacun de nous a sa ou ses propres maladies, qui requièrent des médicaments spécifiques. Certains médicaments sont amers et désagréables àprendre ; d’autres sont beaucoup plus faciles àavaler. Donc, chacun de nous a son propre traitement ! Il est important de faire attention ànotre propre traitement, et de ne pas nous préoccuper du traitement des autres.

Si certaines personnes ne semblent pas se remettre de leur maladie aussi vite que vous le souhaiteriez, eh bien, encore une fois, c’est leur maladie. Essayez de garder cela àl’esprit. Rappelez-vous ce que dit Ajahn Lee : « Lorsque vous regardez àl’intérieur, c’est le Dhamma. Lorsque vous regardez àl’extérieur, c’est le monde.  » Et vous n’êtes pas qu’un simple observateur qui regarde le monde d’un air détaché. Votre esprit tout entier devient également le monde lorsque vous commencez àvous focaliser sur l’extérieur. « Cette personne fait cela, cette personne fait ceci.  » : c’est le monde, même si vous vous servez des catégories du Dhamma pour juger cette personne. Vous avez pris le Dhamma et vous l’avez changé en monde. Donc, vous devez garder votre regard focalisé àl’intérieur.

En d’autres termes, lorsque vous êtes contrarié au sujet de quelqu’un, quelle est donc cette qualité qui consiste àêtre contrarié ? Concentrez-vous là-dessus. Ce qui compte réellement, ce sont les événements dans l’esprit. Ce sont ces choses-làqui provoquent votre propre maladie. Voulez-vous soigner votre propre maladie ou bien l’aggraver ? Gardez cette question àl’esprit lorsque vous pratiquez.

Lorsque nous vivons ensemble et que nous pratiquons ensemble, nous nous voyons beaucoup, mais essayez de faire en sorte que cela ait le moins d’effet possible sur l’esprit. Essayez de tourner votre regard àl’intérieur. Même lorsque vous regardez àl’extérieur, vous voulez vous focaliser àl’intérieur : « Comment votre esprit réagit-il àceci ? Comment votre esprit réagit-il àcela ?  » Ceci fait partie de la retenue des sens. Il y a plusieurs années de cela, nous avions une visiteuse âgée qui venait de Thaïlande, et qui prenait la pratique de la retenue des sens très au sérieux. Elle gardait les yeux baissés et ne parlait presque pas aux autres. Un jour, elle a surpris d’autres personnes qui disaient qu’elle était vraiment coincée et inamicale àcause de ses efforts pour être si silencieuse et distante. Alors, elle est venue me trouver pour se plaindre de ce que les autres ne respectaient pas sa pratique de la retenue des sens. Bien entendu, de quelle sorte de retenue s’agit-il, si vous êtes contrarié par ce que les autres disent àvotre sujet ?

La retenue est une affaire d’ordre purement interne. Au cours de votre vie, vous êtes obligé d’entendre des choses, voir des choses, goà»ter des choses, toucher des choses, penser àdes choses. L’objet de la retenue est de ne pas faire de ces choses votre centre d’intérêt principal. Le processus selon lequel l’esprit réagit àla vue, selon lequel il dirige la vue, et ainsi de suite avec les autres sens : c’est sur cela que vous devriez vous concentrer. Si des problèmes apparaissent et aggravent la maladie dans l’esprit, comment allez-vous faire pour les traiter ? Le Bouddha nous a préparé un vaste choix de médicaments parmi lesquels nous pouvons choisir. La récitation des trente-deux parties du corps est fondamentalement un rappel de ses médicaments pour traiter l’attachement àvotre corps et votre désir dévorant pour le corps des autres. La récitation des quatre attitudes sublimes, ça, c’est pour traiter non seulement la colère, mais également le ressentiment, la jalousie, ou n’importe quelle intention cruelle dans votre esprit. Souvent, vous pouvez vous énerver àpropos de choses qui vous dépassent complètement. C’est àce moment-làque vous devriez réfléchir au principe du kamma pour développer l’équanimité.

Il y a des antidotes pour toutes ces maladies, et il est de notre devoir de les utiliser. Parce que, après tout, qui souffre àcause de nos maladies ? Il se peut que d’autres personnes en souffrent dans une certaine mesure, mais nous, nous souffrons vraiment. Nous souffrons très peu de ce que les autres font et beaucoup de notre manque d’habileté en ce qui concerne notre propre esprit.

Dans le Canon, le Bouddha parle de la manière dont les gens devraient ne pas céder au désir ardent et àl’orgueil, et lorsque nous regardons les autres, il est évident qu’il a raison. Il est évident que leur désir ardent et leur orgueil provoquent des problèmes. Cependant, l’astuce consiste àvoir notre propre désir ardent, notre propre orgueil. Si vous vous surprenez àutiliser ces enseignements pour porter un jugement sur les autres, arrêtez-vous et posez-vous cette question : « Bon, un instant. Est-ce moi qui suis chargé de vérifier la conformité aux normes ?  »

Ensuite, retournez-vous et regardez-vous. Qu’en est-il de votre propre désir ardent ? Vous voulez que les choses se présentent d’une certaine manière, et puis elles ne sont pas comme vous voudriez qu’elles soient. C’est une leçon très importante que j’ai apprise avec Ajahn Fuang. On aurait dit qu’il tombait toujours malade àdes moments extrêmement gênants pour moi. Par exemple, quand j’avais un projet en cours au monastère, on aurait dit que lorsque je commençais vraiment àm’impliquer dans le projet, alors il tombait malade, et je devais tout laisser tomber pour m’occuper de lui. Je commençais àremarquer un sentiment de frustration monter en moi et je finissais par me dire : « Hé, une seconde. Si je me libère du désir de terminer ce projet, les choses seront beaucoup plus faciles.  » En même temps, si je lâchais prise de mon désir qu’il se soigne de la manière qui me paraissait la plus appropriée, cela rendait les choses bien plus faciles au monastère. Tout particulièrement pour moi, et probablement dans une proportion non négligeable, pour lui également.

Lorsque vous commencez àrencontrer cette réalité, prenez conscience que vos désirs ardents sont les choses qui vous font souffrir. Ce sont donc les choses dont vous devez lâcher prise. Lorsque vous lâchez prise, vous découvrez que vous pouvez supporter toutes sortes de situations. Ce n’est pas que vous devenez paresseux ou apathique : vous laissez simplement les choses suivre leur cours. Vous devenez sélectif : dans quels cas pouvez-vous influer sur le cours des choses ? Dans quels cas ne pouvez-vous pas influer sur le cours des choses ? Dans quels cas votre désir ardent vous aide-t-il sur la Voie ? Dans quels cas se met-t-il en travers du chemin ? Vous devez apprendre comment être sélectif, comment être habile àdiriger vos besoins, dans quelle direction diriger vos aspirations. Encore une fois, le problème ne se situe pas àl’extérieur. Le problème se situe àl’intérieur. Nous souffrons bien sà»r dans une certaine mesure des choses extérieures, mais la raison pour laquelle nous souffrons tient au fait que nous sommes malhabiles en ce qui concerne les choses àl’intérieur de nous-mêmes. C’est sur cela que nous devons travailler. Une fois que le problème àl’intérieur sera réglé, les problèmes àl’extérieur ne nous affecteront plus du tout.

L’orgueil est un autre fauteur de troubles. L’orgueil ne consiste pas seulement àbomber le torse et àpenser que vous valez mieux que les autres. Selon le Bouddha, c’est la tendance qu’a l’esprit de se comparer aux autres. Même si vous vous dites : « Je suis pire que cette personne.  » Ou « Je suis l’égal de cette personne.  », c’est de l’orgueil. Il y a un « Je  » là : la fabrication du « Je  », la fabrication du « Mien  », et la tendance àl’orgueil. C’est ici même que se trouve une grande partie du problème, une des causes majeures de la maladie.

Le Bouddha décrit le sens de « Je suis.  » comme étant la cause sous-jacente de la tendance qu’a l’esprit de produire des idées àfoison, de sa tendance àétablir des différenciations, àcompliquer les choses, et de toutes les catégories et des conflits qui découlent de ces complications. Tout ceci commence avec « Je suis.  » La verbalisation de base du désir ardent commence aussi avec « Je suis.  » Ensuite, elle continue avec « J’étais, j’ai été.  », « Je serai.  » Ou bien « Suis-je ? Ne suis-je pas ?  » et toutes les autres questions qui se présentent lorsque l’on met « Je  » et « suis  » ensemble et qu’ensuite on s’identifie àeux. Vous commencez àcomparer ce « Je suis.  » Avec celui des autres, àvotre idée de ce qu’ils sont. Donc, soit vous êtes meilleur qu’eux, soit vous êtes leur égal, soit vous êtes pire qu’eux. Mais quelle que soit la manière dont vous considérez les choses, c’est toujours une grosse source de problèmes.

Rappelez-vous simplement ceci : les maladies des autres sont leurs maladies. C’est àeux de les soigner. Ils doivent prendre leurs médicaments. Vos maladies sont vos maladies — elles constituent votre responsabilité primordiale. Et si la personne àcôté de vous dans la chambre d’hôpital ne prend pas son médicament correctement, c’est son problème. Vous pouvez lui apporter votre aide et l’encourager, mais il y a un moment où vous devez dire : « D’accord, c’est son problème. Il faut que je m’occupe de ma propre maladie.  » Comme ça, tout est plus facile pour nous tous.

Lorsque ces attachements, ces désirs ardents et ces manifestations d’orgueil ne se mettent pas en travers du chemin, alors, quel que soit l’endroit où vous pratiquez, celui-ci devient l’endroit idéal pour pratiquer. Les gens demandent souvent : « Où se trouve le meilleur endroit pour pratiquer ?  » Et la réponse est : « Ici même, dans le ici-et-maintenant.  » C’est en réalité le seul endroit où vous pouvez pratiquer. Mais vous pouvez faire des choses pour faire du ici-et-maintenant un meilleur endroit pour pratiquer, où que vous soyez, àla fois pour vous et pour les autres personnes autour de vous. Cela dépend non pas tant du fait de changer des choses àl’extérieur que de changer votre attitude intérieure. De cette manière, l’endroit où nous pratiquons devient un bon endroit pour pratiquer, pour nous tous.



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