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La spasmophilie et ses causes

De ses diverses composantes, nerveuse, endocrinienne ou immunitaire, c’est peut-être l’aspect psychologique que l’on retient aujourd’hui comme primordial.

Par Alexandre Koehler

Une grande vulnérabilité au stress

D’une manière générale, la spasmophilie est liée àune grande tension nerveuse et àbeaucoup d’hyperémotivité. Ce sont les émotions qui, en s’accumulant sous forme de tension nerveuse ou d’excitabilité neuro-musculaire, déclenchent les malaises spectaculaires qui empoisonnent la vie du spasmophile, tout au moins dès que le terrain physiologique est propice.

Mais, avant tout, le trait le plus caractéristique du spasmophile est son incapacité àfaire face au moindre stress un tant soit peu intense.

Le stress, rappelons-le, est indissociable de la vie. Il n’a rien de néfaste, par lui-même, tout au moins dans la mesure où l’individu y répond d’une manière adaptée... ce qui n’est pas toujours le cas, notamment lorsque l’intensité de ce stress dépasse précisément ce que l’individu peut endurer. On sait, par exemple, que le décès du conjoint ou la perte du travail comptent parmi les stress les plus pénibles àsupporter pour la majorité d’entre nous. Beaucoup sont profondément et durablement perturbés par ce genre d’événements. Pourtant, d’autres y font face avec énergie.

Il n’y a donc pas d’égalité face au stress ! Mais les plus défavorisés sont sans aucun doute les spasmophiles qui, àla moindre contrariété, au moindre conflit, sont immédiatement et profondément déstabilisés, affectés, voire désespérés, et qui, àchaque changement de saison, de température ou d’habitudes, souffrent de toutes sortes de malaises et ne peuvent vivre aucun événement grave, tel un accident, une intervention chirurgicale ou même un accouchement... sans sombrer, pour longtemps, dans l’asthénie ou la dépression.

Tout peut perturber le spasmophile, y compris... rien, car c’est de son appréciation subjective de la gravité des événements dont dépend son stress. Le simple retard d’un proche, par exemple bloqué sur le périphérique, et l’on imagine le pire, et c’est la catastrophe.

Enfin, le spasmophile est extrêmement réceptif aux émotions, et surtout àl’angoisse, de ceux qui l’entourent. Non content d’être personnellement stressé, il semble donc éprouver le besoin d’être stressé par le stress des autres.

Le “ mal de manque ”

Du point de vue du physiologiste, cette hypersensibilité au stress s’explique par la non disponibilité du magnésium au niveau cellulaire ; mais, pour le psychologue, les profils caractérologique et psychologique comptent pour beaucoup dans la genèse d’un terrain spasmophile.

Cela dit, dans ce domaine, les thèses s’affrontent quelquefois. Ainsi par exemple, selon le docteur Philippe Lefèvre, le spasmophile serait un émotif, non actif, secondaire àdominante introvertie, alors que le docteur Geneviève Goreux-Marois reconnaît deux familles de spasmophiles : les émotionnels, et les rigides...

Nous verrons plus loin ce que recouvrent ces termes, mais il est évident que, quelle que soit la catégorie àlaquelle il appartient, le spasmophile présente des caractéristiques communes àtous, dont, nous l’avons dit, cette particulière hypersensibilité au stress, cette hyperémotivité, hyper-receptivité et hyper-réactivité...

Mais on retrouve aussi, pratiquement toujours, un certain manque de confiance en soi freinant l’hémisphère droit du cerveau, et installant une irrépressible tendance àraisonner et àtout vouloir contrôler et organiser.

Une autre constante, chez le spasmophile, est la dépendance àl’environnement. Le climat, la température, la lumière, le bruit, la laideur peuvent avoir une influence énorme sur son psychisme, et partant, sur son énergie. De la même manière, une simple phrase, maladroite ou mal intentionnée, d’un de ses proches ou d’une relation, peut anéantir son tonus musculaire et paralyser toute réaction pendant plusieurs heures, voire pendant plusieurs jours.

Cela dit, le spasmophile dépend autant, sinon plus, de son propre mental que de son environnement. Il est rare, en effet, qu’il ne cultive pas certaines idées, généralement assez négatives et quelquefois même obsessionnelles, àtravers lesquelles il s’emprisonne dans une vision du monde qui n’a rien de très réjouissante ni de très énergétique.

Pour toutes ces raisons, le spasmophile ne dispose jamais d’une grande réserve d’énergie. Et s’il n’est pas carrément asthénique àtemps complet, il est au moins largement cyclothymique, alternant coups de pompe et crises d’agressivité ou d’irritabilité. De plus, cette énergie défaillante se bloque souvent au niveau de la gorge ou du cou, provoquant aussi bien des sensations d’oppression respiratoire, que des crampes dans la nuque, ou encore des impressions de boule dans la gorge...

Enfin, le spasmophile, plus que tout autre, subit les affres du mal de manque ! Cet individu souffre inconsciemment avant tout d’un cruel manque d’amour, datant généralement d’un épisode de la première enfance où il s’est senti abandonné, mais aussi d’un manque de plaisir àvivre, quelquefois inné mais plus souvent résultant d’une éducation plus ou moins répressive. Et c’est peut-être, nous disent beaucoup de psychologues, ce manque de considération pour le corps, ce déficit de préoccupations corporelles, qui amène précisément le corps àréagir par un surcroît de tension et de souffrance, comme pour rappeler son existence àun mental qui aurait trop tendance àse rêver désincarné et, par conséquent, ànégliger les plaisirs du corps.

Tous ces aspects du comportement spasmophile pourraient d’ailleurs se résumer en un mot : la peur ! Le spasmophile a peur d’exprimer ses émotions, peur de jouir, peur de vivre et, bien sà»r, peur de mourir...

Un émotif, non actif, secondaire

Que les spasmophiles soient émotifs, et cela aussi bien au plan des sentiments qu’au plan des sensations, c’est un fait entendu ; mais voyons àprésent en quoi ils peuvent être non actifs et secondaires.

Rappelons, tout d’abord, que ces termes empruntés àla caractérologie de Le Senne désignent des structures innées de la personnalité. Il ne peut donc être question de les transformer en leur contraire, mais tout au plus d’apprendre àles gérer le mieux possible.

Le caractère non actif - qu’il ne faut pas interpréter au premier degré par une totale absence d’action - correspond en fait au comportement de toute personne ne pouvant entreprendre quoi que ce soit sans une motivation d’ordre quasi vital. En général, ces personnes n’ont aucun mal pour agir sous l’impulsion naturellement conférée par une grande passion ; mais, àdéfaut de ce petit grain de folie, elles devront fournir un effort disproportionné, ou être contraintes par un tiers ou une urgence, pour que réussisse àse déclencher en elles quelque action que ce soit. Cela fait, il leur sera alors plus facile qu’àquiconque de persévérer dans leur activité, voire de perfectionner àl’extrême leur travail. Mais tout démarrage, et notamment le réveil et le début de la journée, reste problématique.

Le caractère secondaire, quant àlui, correspond àdes comportements réactionnels réfléchis. Les sujets àcaractère primaire réagissent immédiatement àla sollicitation ; les individus àcaractère secondaire, eux, prennent largement le temps d’intérioriser l’événement présent, et de le confronter àd’autres événements précédemment vécus, avant d’y réagir.

Le spasmophile, du point de vue de la caractérologie, serait donc généralement une personne très émotive, éprouvant de la difficulté àse mettre en route, et rarement capable d’être en prise directe avec la réalité immédiate.

Mais, toujours selon le docteur Philippe Lefèvre, ces trois éléments caractérologiques du spasmophile, et notamment la secondarité, se trouvent encore renforcées par l’introversion du sentiment. En d’autres termes, le spasmophile serait un introverti.

C’est sur ce point que l’analyse du docteur Geneviève Goreux-Marois diverge.

Introverti ou extraverti refoulé ?

L’analyse du docteur Goreux-Marois, axée autour de la neuropsychologie des hémisphères cérébraux, la conduit àdiviser les spasmophiles en deux grandes familles :

les émotionnels, chez qui l’hémisphère droit prédomine, et qui souffrent d’une hyperémotivité les poussant àdramatiser sans raison. Généralement de sexe féminin, ces spasmophiles hypotendus, fatigués et dépressifs, bloqueraient en fait leur énergie en intériorisant leur extraversion naturelle.

les rigides, chez qui l’hémisphère gauche prédomine, et qui souffrent d’une anxiété et d’un manque de confiance en soi les amenant àétouffer tout sentiment. Hommes ou femmes, ces spasmophiles hypertendus, nerveux et emprisonnés dans une véritable cuirasse, s’interdisent carrément toute expression émotionnelle et, contrairement aux véritables introvertis, ne partiraient pour rien au monde àla découverte de leur univers intérieur.

Il est donc possible que le spasmophile soit plutôt un extraverti refoulé qu’un introverti. Un introverti trouverait en effet dans la découverte de ses richesses inconscientes matière àéchapper au cercle vicieux de la problématique spasmophilique.

Mais il est également possible qu’il y ait, parmi les spasmophiles, des extravertis refoulé et des introvertis non accomplis...

Toujours est-il que le spasmophile semble bloqué entre l’extérieur et l’intérieur, incapable de s’exprimer vraiment, autant que de se connaître profondément et de se transcender.

Les émotions ainsi emprisonnées n’ont alors plus d’autre possibilité de “ sortir ” qu’en passant par le canal inconscient et en s’exprimant dans le corps, àtravers les pénibles symptômes de la spasmophilie.

Faire face

La situation intenable dans laquelle le spasmophile s’enferme devrait constituer, d’une certaine manière, une très forte incitation àengager une recherche spirituelle ou àdévelopper son altruisme.

Y a-t-il, en effet, meilleur dérivatif àla souffrance intérieure, que de s’occuper de quelque chose, ou de quelqu’un, d’extérieur àsoi-même ? Et l’anxiété, pour ne pas dire l’angoisse, qui ronge continuellement tant de spasmophiles, ne constitue-t-elle pas une opportunité exceptionnelle pour se décider àentreprendre le chemin de la connaissance de soi et, comme disait Socrate, de l’univers et des dieux ?

Beaucoup de psychologues qui se sont penchés sur le problème de la spasmophilie considèrent le terrain psychique propre àce syndrome comme une chance exceptionnelle de s’ouvrir àdes réalités d’un ordre supérieur.

Bien sà»r, la plupart des spasmophiles se laissent plutôt tenter par la régression que par l’évolution, se renfermant sur soi pour ne plus être confronté au stress extérieur, ou s’abrutissant avec l’alcool ou les anxiolytiques afin de ne plus ressentir ces émotions si perturbantes...

Mais s’il refuse de rejeter la vie, et accepte de faire face, le spasmophile, armé de sa très grande sensibilité et stimulé par ses interrogations concernant la mort, est alors capable de découvrir des champs de conscience où règne une sérénité dont aucun individu l’ayant éprouvée ne peut nier qu’elle puisse guérir la peur àl’origine de toutes nos maladies.

Les thérapies

Au-delàdes techniques de massage visant àdiminuer les tensions musculaires, les méthodes de relaxation comptent évidemment parmi les thérapies les plus indiquées en cas de spasmophilie.

On recommande toutefois plus particulièrement les approches corporelles, telles que le Training autogène de Schultz, la Sophrologie de Caycedo, et peut-être surtout la méthode de Jacobson qui s’est spécialisée dans le relâchement musculaire par l’exercice alterné et comparatif de la contraction et de la décontraction.

Dans la même optique, le Hatha Yoga ne peut qu’être conseillé, dans la mesure où il s’agit d’une démarche visant àharmoniser le corps et l’esprit.

Enfin, les psychothérapies, plus que la psychanalyse, semblent être bien adaptées au cas du spasmophile.

Les arts-thérapies, le rêve éveillé et la visualisation positive, notamment, en faisant tous fortement appel àl’imaginaire, correspondent bien aux capacités psychologiques du spasmophile.

Mais les symptômes douloureux se situant dans le corps, il est généralement indispensable d’entreprendre également une des nombreuses thérapies corporelles existantes, ou mieux, une méthode énergétique comme la bioénergie ou la thérapie reichienne...

Bibliographie

· “ Le mal de vivre, la spasmophilie ” - Dr Philippe Lefèvre - Encre.

· “ Spasmophilie ” - Dr Geneviève Goreux-Marois - Opéra Editions.

Novembre 2000








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