BuddhaLine Recherche Plan du site Partenaires Forum Annuaire Newsletter Buddhaline

Même rubrique

L’esprit du don aujourd’hui - Alain Caillé
Mode de vie : Pourquoi vivons-nous dans l’urgence ? - Zaki Laïdi
Une nouvelle culture pour un agir renouvelé - Réseau Cultures
Quand la patience se fait bouddhique - Paul Magnin
« Vous êtes un enfant de Dieu » - Marianne Williamson
Le feu libérateur (6) : la triple antidote - Pierre Lévy
Le désir de la vertu - Daniel Mercadier
Autres textes
La peinture thérapie - Jean-Baptiste Loin
Le bouddhisme tibétain dans sa dimension psychothérapeutique - Luc Marianni
Le pouvoir des odeurs - Hélène Renaud
Le son, la voix... et la musicothérapie - Alexandre Koehler
Les bouddhistes et l’action caritative locale - Philippe Ronce
Reine de Saba : soirée poétique et philosophique - Jean-Pierre Pilorge
L’art du Ku Nye -
Karl Rahner

Patience pour « sots avisés  » par Karl Rahner

Bookmark and Share
- imprimer

> Intégration > Spiritualité > Réflexion et essais


De la patience envers soi-même

L’homme patient est patient avec son impatience ; en toute déprise et presque sereinement, il renonce àun accord ultime avec lui-même.

Par Karl Rahner

Le fait que l’homme, communément, ait àexercer la patience envers soi-même me semble être une évidence, l’une de ces évidences qu’il est difficile de mettre en oeuvre, et encore en n’y parvenant que fort mal. Sans doute est-il des hommes convaincus de ce qu’ils n’ont pas àexercer de patience envers eux-mêmes, pour la bonne raison qu’ils sont pleinement en accord avec ce qu’ils sont et ce qu’ils font. Mais nous n’envierons pas le bonheur de ces simples. Car, dans la mesure où nous sommes sincères avec nous-mêmes, c’est àjuste titre que nous rejoignons ceux qui n’en ont pas fini avec eux-mêmes, et qui ne sauraient prétendre atteindre sur commande, par quelque truc psychologique ou chose semblable, au total accord avec eux-mêmes. Et comme cet accord ne nous est pas encore donné, comme cette paix n’est pas en notre pouvoir, il nous faut exercer la patience envers nous-mêmes.

Celui qui nous habite en profondeur accueille douloureusement l’homme que nous voulons être. Nous laisserons de côté la question de savoir si, sans pareille tension, nous serions encore des hommes, nous qui sommes engagés dans un devenir et disposons d’un avenir. Nous laisserons de côté la question de savoir si une paix de cette sorte ne serait pas la mort, cette paix que, comme vie et paix éternelles, nous pensons légitimement digne d’aspiration. Quoi qu’il en soit, nous sommes en chemin, entre un passé et un avenir qui, chacun àsa manière, nous sont soustraits. jamais ne nous est donné d’un coup tout ce qui concourt ànotre vie ; toujours nous sommes les conditionnés de l’Histoire, les manipulés de la société, ceux qui biologiquement sont menacés - et nous le savons.

La conscience d’une telle situation, on peut essayer de la refouler ; on peut s’efforcer de laisser en l’état ce que l’on ne peut changer ; ce qui dans la vie est source de joie, il est possible d’en mésuser en y voyant un analgésique àl’immense insatisfaction de notre existence. Mais, pour peu qu’on ait le courage d’accueillir cette insatisfaction, pour peu qu’on la laisse valoir comme telle et qu’on l’accepte, sans la réduire àun simple matériau qui permettrait àl’homme de s’affirmer comme héros, àmoins qu’il n’en désespère, alors on a patience envers soi, dans l’évidence de ce que l’on n’a pas trouvé le pur accord avec soi-même.

Il s’en trouvera beaucoup qui estiment jouir d’une telle patience, comme de quelque chose de tout naturel. Mais s’ils consentaient àporter un regard plus attentif sur eux-mêmes, ils s’apercevraient alors qu’ils n’acceptent pas en vérité la souffrance de leur propre insatisfaction, sans défi ni dépit, mais fuient dans la banalité du quotidien ; ils affirment de la sorte qu’ils sont réalistes et lucides, ou encore qu’en eux règne en définitive un désespoir inavoué, une résignation désespérée, et pensent en fin de compte qu’il n’est pas de sens àla vie. La patience, ils ne la cultivent pas dans la conscience du caractère problématique de l’existence, mais s’exercent à« décrocher  » de la réalité, pour acquérir ce succédané de patience qui leur permettra, ainsi pensent-ils, de survivre. Au contraire, qui est vraiment patient « pâtit  » son insatisfaction ; il l’assume, et accorde son vrai poids àla douleur. Qui est vraiment patient prend encore en patience d’être incertain d’assumer en patience pareille insatisfaction, ou de se refuser àelle àtravers le faux-fuyant d’une patience née de la banalité.

L’homme patient est patient avec son impatience ; en toute déprise et presque sereinement, il renonce àun accord ultime avec lui-même. Il ne sait d’où lui vient cette déprise qu’il lui est donné de goà»ter ; il espère l’avoir en partage ; qui plus est, c’est avec une sereine confiance qu’il laisse venir àlui les analgésiques dont use l’impatient, car c’est àlui justement qu’il est permis d’en disposer, étant donné qu’il ne leur reconnaît aucune efficacité ultime. L’homme patient, c’est l’homme renoncé, et par là-même le libre par excellence. Pas question ici de se demander plus avant àquoi l’on s’abandonne dans une telle patience abandonnée. Face àcette question, certains croiront s’être abandonnés au rien et être ainsi en mesure d’avoir le dessus sur la cassure qui marque les réalités finies. Il est des hommes convaincus de ce que le rien, laissé àson sens véritable, ne sert de rien ; il ne peut valoir comme puissance de paix, et, lorsque vraiment l’on a fait acte de déprise et que l’on assume cette absence de paix, l’on s’est abandonné bien plutôt, que ce soit de façon réfléchie ou non, àcelui que l’on appelle communément Dieu, pour autant que l’on saisisse réellement ce mot, et qu’un tel abandon ne s’achève que dans l’incompréhensibilité silencieuse de Dieu, lui qui accueille en grâce celui qui s’abandonne.

Les deux textes de Karl Rahner, traduits par Gwebdoline Jarczyk, sont extraits d’une conférence donnée au Centre Sèvres, le 11 avril 1983. Le texte intégral a été publié dans Médiasèvres, 2éme édition, 1990.

> De la patience envers soi-même (K. Rahner)

L’homme patient est patient avec son impatience ; en toute déprise et presque sereinement, il renonce àun accord ultime avec lui-même.

> Au coeur de la vie spirituelle (H. Madelin)

La patience est la complice des chercheurs de Dieu. Elle ne fait pas de bruit, semble assoupie, mais tisse fidèlement la trame des jours. C’est grâce àelle que des murailles épaisses sont franchies. C’est avec son aide que l’oiseau peut s’envoler vers l’azur, en brisant le filet de l’oiseleur.

> Quand la patience se fait bouddhique (P. Magnin)

La patience est la troisième des six perfections (paramita) du bodhisattva. Cet être d’éveil, qui volontairement renonce àdevenir Bouddha aussi longtemps qu’il existe des hommes àaider, pratique en effet dans leur perfection les vertus de don, moralité, patience, énergie, extase et sagesse

> Le désir de la vertu (D. Mercadier)

Il n’est sans doute pas mieux, pour désigner ce point de veille et de prière, d’attente de l’autre chose où se maintient Freud après Goethe, que le mot par lequel, àl’unisson, poète et psychanalyste tiennent que « l’art et la science ne suffisent pas  » : « L’oeuvre réclame la patience  ».

> Patience pour « sots avisés  » (K. Rahner)

Ceux qui ne dominent pas leur sottise n’ont aucun sens des limites de leur savoir ; ils n’ont donc pas besoin de patience dans la gestion de leur situation intellectuelle. Mais les sots avisés, tels que nous espérons l’être, souffrent douleur amère pour leur sottise ; en conséquence de quoi il leur faut apprendre àla porter en patience.

Sommaire du n° 391-3 de septembre 1999

PERSPECTIVES SUR LE MONDE

Les Balkans dans la tempête – Jean-Arnault DÉRENS

SOCIÉTÉ

La sécurité alimentaire – Etienne PERROT

L’adoption au risque de l’homosexualité – Agnès AUSCHITZKA

ESSAI

Jeunesse des mythes – Jean-Claude CARRIÈRE

FIGURES LIBRES

Patiences de l’ombre

RELIGIONS

L’Europe peut-elle se faire sans dimension spirituelle ? – Lucien DALOZ

Minorités évangéliques en Amérique latine – Sylvie KOLLER

ARTS ET LITTÉRATURE

L’Occident et la musique écrite – Brice LEBOUCQ

Carnet de théâtre – Jean MAMBRINO

Cinéma – J. COLLET, X. LARDOUX, P. ROGER, C. SOULLARD

Notes de lecture

Revue des livres

Disques-références

Septembre 1999



Revue Etudes
14 rue d’Assas - 75006 Paris
Tél. : 01.44.39.48.48 - Fax : 01.40.49.01.92


http://perso.wanadoo.fr/assas-editions/assas-f.htm





Buddhaline

E-mail: Partenaires: O.Vision | Yoga Vision | Karuna | Matthieu Ricard