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Maître Sheng-Yen

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> Bouddhisme > Enseignements


Calmer paroles et pensées

Trop de conversations, trop de réflexions, vous éloignent de l’harmonie du cœur de la Voie.
Stoppez réflexions et pensées, il n’y aura plus aucun lieu où vous ne pourrez pénétrer

Par Maître Sheng-Yen

Les gens, surtout s’ils se sentent seuls, aiment parler. Ceux dont le débit est interminable éprouvent en général des difficultés pour pratiquer Ils rendent en outre l’application ardue pour les autres. Lors de notre retraite du Ch’an il est interdit de palabrer, cependant certaines personnes sont incapables de résister àla tentation et profèrent en cachette quelques mots D’autres honorent la règle, se gardent de parler, mais ne peuvent s’empêcher de se causer àelle-même. Tout au long de la journée, assises en position de méditation, elles trouvent un thème et entretiennent une auto- conversation. Toutes sortes de questions deviennent alors matière àréflexion.

Un certain auteur assista àune retraite. Le premier jour, une idée pour un roman le traversa. Tout en s’asseyant, il esquissa l’intrigue et les caractères du futur livre. Le lendemain, au cours de notre entretien privé, j’enquêtai sur ses progrès. -"Je fais des projets pour mon nouveau roman". Je le conseillai : "Vous feriez peut-être mieux de rentrer chez vous et d’en écrire le premier chapitre, sinon, àla fin de la retraite, vous aurez oublié toutes les idées magnifiques que vous avez découvertes. "

Si vous parlez trop, soit par la bouche soit dans votre tête les progrès seront difficiles àaccomplir. N’arrivant pas àvous concentrer, il devient alors facile de vous mettre àparler, àun point tel que vous ne pourrez peut-être même pas vous en empêcher.

Les quatre lignes du poème renferment une signification plus profonde. Il ne faut pas tenter de répondre par la logique ou la théorie àcertaines questions qui se présentent au cours de la pratique. Voici quelques exemples : "Pourquoi suis-je venu ici faire une retraite ?", "Quel est le but de la procédure ?" "Qu’est-ce que l’illumination ? Si afin de justifier vos tentatives, vous vous impliquez dans ce genre de questionnement, vous ne serez alors tout simplement pas en mesure de pratiquer .

Au bout de quelques jours d’exercice, nombreuses sont les personnes qui cessent totalement de penser àelles—mêmes et aux affaires extérieures. Néanmoins, elles continuent às’attarder sur le sens de mes paroles. Tous mes propos sont exprimés dans le but de guider votre pratique mais, lorsque vous vous y adonnez directement, il vous faut simplement vous borner àla méthode sans plus penser àmes mots. Moins vous vous parlerez, plus proche serez vous de la Voie suprême.

En une certaine occasion, je conseillai une élève : " Afin de surmonter l’ignorance il faut véritablement pratiquer de manière assidue. " Au cours des deux séances suivantes de méditation elle rumina mes propos : "De quelle manière suis—je ignorante ?" Incapable de se contenir plus avant, elle se leva et me dit -"Je peux manger et dormir. C’est la preuve que je ne suis pas vraiment ignorante." Je répliquai : Regardez un chien, un chat ou un moustique. Ils mangent et se reposent. Voulez-vous dire qu’ils ne sont pas ignorants ?" Elle avança : "Dites-moi ce qu’il faut faire pour en finir avec l’ignorance. " Je lui dis : "Tâchez de méditer et de réciter le nom du Bouddha. " Elle retourna àson coussin et se mit àse concentrer sur le nom du Bouddha. Mais, ànouveau, elle pensa ; :"Puisque je suis ici en train de méditer et de réciter le nom du Bouddha, je ne puis être ignorante. " Après deux séances, elle revint et m’annonça : "En fait, je n’ai aucun problème. Je me suis assise confortablement en me sentant très bien. C’est vous qui êtes affligé par des perturbations. " Sa difficulté était que, bien qu’elle prît au sérieux ce que je disais, au lieu d’appliquer la méthode pendant la séance elle retournait sans cesse les mots dans sa tête.

C’est seulement lorsque vous ne manifesterez plus de paroles ou n’aurez plus de pensées que la Voie parfaite se découvrira devant vous et qu’il n’y aura "aucun lieu où vous ne pourrez pénétrer." Cela ne signifie pas que vous pourrez vous rendre n’importe où mais plutôt qu’il n’y a aucun besoin d’aller quelque part, ceci parce que dans l’état dénué de paroles et de pensées vous vous trouvez partout et en tout lieu. Comment parvenir àl’état dénué de paroles et de pensées ? En adhérant àla méthode et en laissant tomber votre attachement àtout autre chose.

Revenez àla racine et réalisez le principe.

Recherchez l’illumination et vous la perdrez.

Un bref changement d’éclairage

est plus important que le vide antérieur.

Pendant la pratique, vous pourrez tenter de pénétrer la vacuité des phénomènes. Cependant, aussi longtemps que l’illumination sera dirigée vers les apparences extérieures, la source originelle vous échappera. C’est seulement en tournant l’illumination vers l’intérieur que vous retournerez àla source et que vous saisirez la signification de toute chose. Si vous êtes capable de faire cela, ne serait-ce que pendant une fraction de seconde, vous transcenderez l’état de vacuité.

La source ou racine est la nature de Bouddha, Comment peut-on revenir àla racine ? En laissant tomber toutes les paroles et pensées et en éliminant toute saisie et tout rejet. Il faut bien commencer par une méthode mais, àun moment donné, il faut la laisser tomber aussi. De la même manière, vous ne devez pas tenir aux expériences qui vous échoient. Quand manière de faire et résultats partiels ne vous seront plus nécessaires, vous aurez accompli le retour àla source. Cette source, ou nature de Bouddha, est la manifestation active d’une grande libération et d’une grande sagesse. Lors de la grande libération rien ne demeure mais il ne s’agit en rien d’une "vacuité entêtée" La libération dépasse tout autant la vacuité que la forme.

La vacuité antérieure s’en trouve transformée.

Elle n’était que le produit de vues distordue.

Souvent des pratiquants passent de l’attachement àl’existence àl’attachement àla vacuité Si quelqu’un pense que le manque d’existence en soi représente la véritable sagesse ou libération, sous le coup de cette hallucination, il sera incapable de réaliser l’état ultime Il est naturel de s’attacher àses propres expériences. Un élève qui médita de fort bonne façon hier soir, tenta aujourd’hui, en se rappelant exactement la manière dont cette grande expérience lui arriva de la répéter. Malheureusement, aujourd’hui sa méditation se déroula bien moins bien et ceci àcause de son avidité pour répéter ce qu’il avait éprouvé.

Nul besoin de chercher le réel.

Arrêtez simplement vos habitudes de penser.

Il ne faut chercher ni la nature de Bouddha ni l’illumination mais plütôt-1aisser l’épreuve arriver naturellement. Des questions telles que : "Quand expérimenterai-je l’éveil ?" ou "Y a-t-il une nature de Bouddha ?" vous éloigneront encore plus d’elle car il s’agit d’une globalité et en aucun cas d’une chose que vous pouvez saisir. La nature de Bouddha est incluse dans la totalité de votre propre soi. En quoi serait-il nécessaire de vouloir l’atteindre ? Et comment pourrait-on le faire ? Ne pratiquez pas avec l’idée de rejoindre l’état de Bouddha mais fournissez tout simplement vos efforts les meilleurs.

Ce texte est extrait de l’ouvrage intitulé « Confiance dans l’esprit, un guide pour la pratique du Ch’an  » paru aux Editions Dharma en 1997. La traduction française est de Veronica et Michel Zaregradsky.



Editions Dharma
Michel et Véronique Zaregradsky
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Tél : 02 51 30 29 13 - Fax : 02 51 30 29 14






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