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Etre enseignant

Etre enseignant, c’est avant tout être en relation avec un groupe, établir une relation de confiance, de sécurité, d’empathie, mais aussi une relation d’autorité éducative.

Par Martine Duquet

Etre enseignant, c’est avant tout être en relation avec un groupe, établir une relation de confiance, de sécurité, d’empathie, mais aussi une relation d’autorité éducative.

Pour que les savoirs se construisent chez le jeune qui est en face du prof, il faut créer le désir d’apprendre, le questionnement et apporter des guides méthodologiques. Cela nécessite disponibilité, désir de partager, capacité àanalyser ce qui se passe dans l’autre, volonté d’accompagner l’élève dans son développement intellectuel mais aussi de jeune dans la globalité de sa personne, dans sa singularité.

Quelle tache immense ! Et la formation initiale et continue des enseignants contribue-t-elle àpermettre àl’enseignant d’être préparé àcette tache ?

Bien sà»r, des connaissances de base solidement structurées sont nécessaires ; ne pas les avoir contribuerait àmettre l’enseignant en difficulté face àdes jeunes qui parfois, grâce aux technologies de l’information qu’ils manipulent mieux que l’adulte, en savent plus que le prof sur le sujet. Mais les concours d’entrée privilégient beaucoup trop cet aspect ! Et le désir de l’institution est souvent de renforcer encore les connaissances en formation continue.

Et quand tout ce temps a été pris pour les savoirs (on n’en sait jamais assez !), il n’y a qu’une piètre place pour le reste. Le reste ? Les autres qualités attendues chez un enseignant. Pour être bien avec l’autre, il faut sans doute d’abord être bien avec soi, avoir confiance en soi, confiance dans ce que l’on sait, conscience que l’on ne sait pas tout, accepter ses limites, s’accepter. Cela se travaille, il faut du temps pour se former en tant que personne en relation.

Des stages de formation sont proposés sur "le corps", "la voix", "la relation àl’autre", développer ses ressources personnelles". L’institution attache peu d’importance àces formations. Il n’est pas rare qu’un enseignant qui a demandé un stage s’entende dire que la priorité est d’assurer les cours et qu’il ne peut se permettre de s’absenter pour ce type de formation. En 10 ans, le nombre de stages a diminué considérablement. Ils ne sont pas une priorité.

Et tout d’un coup, on se demande comment gérer les situations de violence, l’agressivité. On se demande si l’institution ne doit pas aussi s’interroger sur la violence qu’elle pourrait, elle aussi, contribuer àalimenter. De la demande de formation sur "comment gérer des situations de violence des jeunes" on évolue vers une prise de conscience que la relation que l’on établit avec l’autre est importante, et que cela passe par la relation que l’on a avec soi-même.

Mais quel cheminement !

Les formations qui se déroulent dans les établissements àla demande des personnels (analyse de pratique) ont pour but d’aider une équipe àanalyser ce qui se passe dans la classe, àprendre du recul, de la distance. Ne pas se sentir attaqué, agressé par des attitudes qui ne voulaient pas être agressives…

Une souffrance réelle des enseignants se fait entendre. On ose commencer àdire qu’on est démuni devant telle situation, qu’on n’en peut plus face àtel élève ou telle classe. Cette attitude est nouvelle ; jusqu’alors il valait mieux ne rien dire car l’enseignant était alors jugé.

Cette année, j’ai noté des inscriptions en nombre sur deux stages que j’ai personnellement contribué àmettre en place :

–  Une recherche-action sur "Violence et institution" en relation IUFM-PJJ, recherche qui a pour but de faire travailler ensemble enseignants et éducateurs.

–  Un stage sur "La parole de l’élève en souffrance" avec un nombre impressionnant d’inscrits.

Je crois vraiment que la priorité en formation initiale comme en formation continue des enseignants devrait être de permettre àchacun de trouver un lieu et des personnes pour se ressourcer, s’enrichir, s’épanouir, prendre du recul, analyser, assumer ses responsabilités aussi…

Une personne qui sait se situer dans l’institution, qui sait observer son regard porté sur l’autre, qui sait se questionner sur son rôle, sa fonction, qui sait qui elle est et pourquoi elle est làest mieux préparée àtravailler avec des jeunes et avec les autres adultes. Cesser de se placer de son seul point de vue et reconnaître l’autre différent de soi, accueillir sa singularité, ne pas confondre la personne et ses actes…

Tout cela se travaille dans les formations faites dans l’établissement. Mais elles sont encore tellement minoritaires !

Décembre 2000



La Vie Nouvelle
4 place de Valois
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